Les LED sont-elles nocives pour la rétine?

Le 06 janvier 2017 par Romain Loury
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Une lumière bleue à forte énergie
Une lumière bleue à forte énergie

Chez le rat, l’éclairage de type LED s’avère néfaste pour la rétine, même à des conditions normales d’exposition, suggère une étude française publiée dans la revue Neuroscience. Si rien ne prouve qu’il en soit de même chez l’homme, les chercheurs appellent à la prudence.

En 2005, la Commission européenne a décidé l'abandon des ampoules à incandescence, trop énergivores, pour les remplacer par des ampoules plus économes, les LED (Light Emitting Diodes). Leur lumière blanche est obtenue par un mélange de lumières bleue et jaune.

Or les rayons de lumière bleue, de plus courte longueur d’onde, sont plus énergétiques que les autres, et pourraient bien engendrer des dommages aux cellules rétiniennes. Au risque de favoriser, comme l’excès de lumière solaire, une évolution vers des maladies telles que la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA).

L’exposition répétée mal connue

A l’origine des normes en vigueur sur ces produits, les tests de toxicité menés chez l’animal ont surtout porté sur des expositions aigües (de fortes doses sur de courtes périodes), et non sur des expositions chroniques, plus caractéristiques d’une utilisation courante de cet éclairage.

Dans leur étude menée sur des rats, l’équipe de Francine Behar-Cohen, du Centre de recherche des Cordeliers à Paris[i], suggère que cette exposition en conditions réelles est elle aussi nocive.

A une intensité de 500 lux selon un rythme jour/nuit, conditions représentatives de l’éclairage à domicile, des rats albinos souffrent, au bout d’une semaine ou d’un mois, de dégénérescence rétinienne. Moins sensibles à la lumière, des rats non albinos présentent des signes de stress oxydant au niveau rétinien.

Apoptose et nécrose

«Grâce à nos observations, nous avons montré que la lumière émise par les LED engendre deux phénomènes toxiques parallèles: l'apoptose [suicide cellulaire, ndlr], mais également une seconde forme de mort cellulaire, la nécrose. Or en se nécrosant, une cellule endommage ses voisines. Ceci explique pourquoi la toxicité de la lumière bleue est plus élevée que celle des autres longueurs d'onde», explique Alicia Torriglia, co-auteure de l’étude.

Au-delà du rat, y a-t-il un risque pour l’homme? Nul n’en est totalement certain: lors d’un avis publié en 2010, l’Anses préconisait déjà de mieux caractériser l’exposition à long terme de la lumière bleue. Selon l’Inserm[ii], «même s'il est probable que les observations faites chez le rat ne sont pas transposables telles quelles chez l'homme, les données de cette étude interrogent».

Une atteinte au capital lumière?

Selon Alicia Torriglia, «nos cellules possèdent des mécanismes de réparation qui permettent sans doute de corriger en partie les lésions induites par les LED. Mais nous avons un capital lumière, comme notre peau possède un capital soleil. On peut se demander si nos ampoules domestiques ne favorisent pas son épuisement précoce, et ainsi l'évolution vers la DMLA».

«Par principe de précaution, ces données appellent à une prochaine génération d'ampoules domestiques, dans laquelle la proportion de lumière bleue serait réduite», renchérit l’Inserm.

Autre risque, hors de la portée de l’étude, la lumière bleue perturbe l’horloge biologique, et pourrait occasionner des troubles du sommeil. En juin 2016, l’Association médicale américaine (AMA) appelait ainsi les municipalités à réduire l’intensité de l’éclairage nocturne et à en amoindrir la teneur en lumière bleue.



[i] Unité 1138 Inserm/université Paris Descartes/Université Pierre et Marie Curie

[ii] Institut national de la santé et de la recherche médicale

 



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