Les lampadaires font fuir les chauves-souris

Le 19 mars 2015 par Romain Loury
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Pleins feux sur les chauve-souris
Pleins feux sur les chauve-souris
©Hugh Clark/Bat Conservation Trust

Les chauves-souris souffrent de l’éclairage nocturne, dont elles se tiennent éloignées malgré l’abondance d’insectes volants. Alors que nos nuits sont de plus en plus lumineuses, ce phénomène pourrait constituer une menace supplémentaire pour ces mammifères, révèle une étude britannique publiée dans les Philosophical Transactions of the Royal Society B.

Du fait de l’attirance des insectes pour la lumière, il a maintes fois été suggéré que les chauves-souris profitaient de l’aubaine de l’éclairage nocturne, y trouvant facilement leur pitance. Or pour la plupart des espèces, dont les plus communes en Europe telles que la pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus) et la pipistrelle pygmée (Pipistrellus pygmaeus), il n’en est rien, révèlent Fiona Mathews, biologiste à l’université d’Exeter (Royaume-Uni), et ses collègues.

Recourant à un réseau d’observateurs de la nature, au Royaume-Uni et en Irlande, ainsi qu’à l’enregistrement d’environ 265.000 cris dans plus de 600 lieux répartis entre les deux pays, l’étude montre que les chauves-souris sont au contraire plus abondantes dans les zones non éclairées, et semblent même se tenir à l’écart des lampadaires.

«Les chauve-souris sont aveuglées par la lumière vive, cela leur prend du temps pour rajuster leur vision, ce qui pourrait affecter leur vol. Leur habileté à la chasse pourrait s’en trouver réduite, et s’il arrive de voir l’une une chauve-souris tourner autour d’un lampadaire, c’est peut-être uniquement parce qu’elle lutte pour attraper quelque chose», explique Fiona Mathews.

L’éclairage nocturne en hausse de 6% par an

Seule exception, la noctule de Leisler (Nyctalus leisleri), qui semble préférer les zones éclairées. Dans certaines conditions, la pipistrelle commune peut aussi se laisser tenter par la lumière, en particulier lorsque le lampadaire côtoie beaucoup d’arbres. Ce qui accroît encore plus la présence d’insectes, et pourrait donc inciter la chauve-souris à sauter le pas.

Menacées sur plusieurs fronts -éoliennes, agriculture intensive, perte d’habitat, syndrome du nez blanc en Amérique du nord-, les chauves-souris n’ont que très peu à gagner de l’éclairage nocturne, qui détourne les insectes des zones sombres. Les conséquences de cette pollution lumineuse, en hausse de 6% par an dans le monde [1], sont «considérables», aussi bien pour les espèces rares que pour les espèces communes, qui jouent un important rôle écologique, estiment les chercheurs.

Selon eux, l’une des solutions serait de supprimer les rayonnements UV de ces lampes, qui, avec la lumière de faible longueur d’onde, constituent le signal d’appel pour les insectes. Ce qui permettrait de rétablir l’équilibre géographique entre les chauves-souris et leurs proies.

[1] Avancée par plusieurs chercheurs, cette estimation de 6% par an constitue une approximation très grossière, à partir de diverses mesures faites à  travers le monde, lors de travaux distincts, de la clarté du ciel nocturne. En France, la luminosité a augmenté de 3% par an entre 1990 et 2000, estimait en 2007 l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).



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