Les insectes grignotent le puits de carbone forestier

Le 02 mars 2015 par Romain Loury
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Le projet Aspen FACE
Le projet Aspen FACE
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Les insectes sont-ils vraiment nos amis? Rien n’est moins sûr, du moins quant au réchauffement climatique. Selon une étude publiée dans la revue Nature Plants, ils pourraient réduire la capacité d’absorption de CO2 par la forêt, en grignotant encore plus sa canopée.

Chaque année, les forêts mondiales absorbent environ un tiers des émissions humaines de carbone, ce qui fait d’elles un allié de poids contre le réchauffement. Selon les modèles actuels, la montée du CO2 atmosphérique, qui atteint désormais 400 ppm, pourrait accélérer leur croissance. Ce qui leur permettrait d’absorber encore plus de gaz carbonique, et de tempérer, en partie, la hausse attendue des émissions humaines.

Or cet effet serait largement surestimé, expliquent John Couture, entomologiste à l’université du Wisconsin (Madison), et ses collègues. En cause, le fait que le CO2 favorise la prolifération d’insectes herbivores dans les forêts, abaissant d’autant la capacité des arbres à stocker le carbone. Un effet que les chercheurs ont mis en évidence lors d’une expérience de FACE menée dans le Wisconsin.

La technique FACE (Free Air CO2 Enrichment) consiste à exposer un milieu ouvert (forestier, agricole, etc.) à une teneur élevée en CO2 afin d’en observer les effets sur les végétaux. D’une superficie de 32 hectares, le projet «Aspen FACE» du Wisconsin est le plus large au monde, le seul à évaluer aussi bien l’effet du CO2 que de l’ozone sur un écosystème forestier.

La canopée deux fois plus grignotée

Exposé à une teneur atmosphérique de 560 parties par million de CO2, la forêt présente 88% plus de dommages au niveau de sa canopée que celle respirant un air contenant la concentration «normale» de CO2, soit 400 ppm. . Et ce n’est là qu’une moyenne: ce taux s’élève à 110% pour les peupliers, avec des pointes à 325% certaines années. En cause, encore et toujours, les insectes xylophages, grands amateurs de CO2.

Massivement grignotés, les arbres produisent moins de matière qu’on ne l’aurait pensé à teneur élevée en CO2. La prolifération d’insectes diminuerait de 35% à 50% le gain de production qu’aurait accompli la forêt exposée à 560 ppm, à canopée constante.

Comment expliquer une telle explosion démographiques d’insectes? Probablement par un changement de composition de la feuille, notamment en matière de nutriments. Pour autant, les chercheurs n’excluent pas quelques bénéfices: par leurs excréments ou leurs cadavres, les insectes pourraient fertiliser le sol et favoriser, à long terme, la croissance de l’arbre.

Plus modestement, l’accroissement de la concentration d’ozone dans l’atmosphère pourrait contre-balancer le caractère insectophile du CO2. Ce gaz diminue la croissance des végétaux et régule les populations  d’insectes. Un maigre lot de consolation, puisque l’ozone réduit aussi la capacité d’absorption du CO2 par les arbres.

Un puits de carbone percé

Bien au-delà de la seule teneur atmosphérique en CO2, la capacité de séquestration du CO2 par les forêts «sera affectée par de nombreux facteurs environnementaux, dont le niveau d’ozone, la disponibilité des nutriments et l’abondance d’insectes. Bien qu’il soit difficile de prédire s’il en sera de même dans d’autres écosystèmes, par exemple tropicaux, ne pas prendre en compte ces facteurs conduit à surestimer le potentiel des forêts en tant que puits de carbone», commentent les chercheurs.

Ce n’est pas la première fois que certains insectes sont accusés de favoriser le réchauffement climatique. Parfois de manière plus directe, souvent très exagérée: plusieurs sites climatosceptiques relayent l’idée que les termites émettraient 10 fois plus  de CO2 que les automobiles et les usines!

L’idée repose sur une étude publiée en 1982 dans la revue Science, largement passée de mode. Selon des évaluations plus récentes, les termites, seuls insectes à receler des bactéries méthanogènes dans leur intestin, seraient responsables de 4% des émissions annuelles de méthane, et de 2% de celles de CO2.



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