Les incendies: la nouvelle normalité californienne

Le 31 octobre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Plus de 200 bâtiments ont déjà été détruits.
Plus de 200 bâtiments ont déjà été détruits.
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Les pompiers n'espèrent pas endiguer les gigantesques feux en cours avant la fin de la semaine prochaine. Si le réchauffement a allongé la saison des feux en Californie, l’urbanisme n’est pas exempt de tout reproche.

Pour les Californiens, le cauchemar devient presque une habitude. Et Halloween n’a rien à voir avec ça. Dans certaines régions du Golden State, les habitants vivent leur énième évacuation en quelques années pour fuir les flammes des incendies.

Dans le comté de Ventura (au sud), on évacue presque une fois par an. Ravagé par le Kincade Fire, le comté de Sonoma (centre de la Californie) avait déjà été dévasté en 2017 par des incendies, puis l’année suivante, par des inondations.

31.000 hectares détruits

Selon les pompiers, plus de 200 bâtiments et 31.000 hectares de forêts ont brulé dans cette circonscription située à 150 km au nord de San Francisco. Mercredi 30 octobre, les soldats du feu estimaient néanmoins avoir la situation en main. Et autorisait les dizaines de milliers de personnes à regagner leur foyer.

Mais avec le renforcement du vent (des bourrasques de 130 km/h sont prévues), la bataille est loin d’être gagnée. Le feu vient d’ouvrir d’autres fronts dans le sud de l’Etat. A Simi Valley, une ville de l’agglomération de Los Angeles, les flammes d’Easy Fire ont failli détruire la bibliothèque Ronald Reagan, où est enterré l’ancien président américain. Aux alentours, les communes de Riverside, Santa Clarita, Brea, Whittier, Lancaster, Calabasas, Long Beach, Nuevo et Jurupa Valley sont aussi en flammes.

gare aux lignes électriques

L’électricien local, Southern California Edison (SoCal) a indiqué que le feu principal avait probablement démarré à proximité de l’une de ses lignes de transport d’électricité. Un scénario qui pourrait rappeler celui du Camp Fire.

En novembre 2018, cet incendie géant avait tué 85 personnes, détruit 18.000 bâtiments et parcouru 62.000 hectares. Un dysfonctionnement des réseaux de distribution d’électricité de Pacific Gas and Electric Company (PG&E) est probablement à l’origine du départ de plusieurs feux ayant formé le Camp Fire.

Depuis, les électriciens prennent des mesures drastiques de prévention. Le 9 octobre dernier, PG&E a coupé le courant dans plusieurs régions de la baie de San Francisco pour réduire le risque d’incendie imputable à ses lignes. La veille, San Diego Gas & Electric avait fait de même dans l’est de San Diego. A mesure, que les feux avancent ou sont éteints, les gestionnaires des lignes réseaux électriques s’adaptent. Le 27 octobre, 3 millions de Californiens ont ainsi été privés de courant quelques heures durant. Et 350.000 usagers du sud de l’Etat pourraient aussi devoir sortir les bougies dans les prochains jours.

Car les secours estiment qu'ils ne pourront pas endiguer la progression des flammes avant le 7 novembre, et que le feu prendra ensuite des semaines pour être complètement éteint.

allongement de la saison des feux

Comment expliquer une telle récurrence d’incendies extrêmes? Comme souvent, il n’y a pas de cause unique. Les conséquences du changement climatique en sont une parmi d’autres. Le réchauffement a réduit les précipitations, accru les risques de sécheresse et allongé la saison des feux. Dans les années 1970, la saison annuelle des incendies en Californie durait environ 140 jours. Depuis le début du siècle, on approche des 230 jours par an.

L’urbanisation a aussi sa part de responsabilité. Depuis 1990, 60% des nouveaux logements construits en Oregon, dans l’Etat de Washington et en Californie, l’ont été en zone forestière. Désormais, la moitié de la population de ces trois Etats réside en lisière de bois. Ces nouveaux villages, ces villes nouvelles à la campagne doivent être alimentées en électricité. Or, ces lignes, parfois mal entretenues, sont souvent à l’origine du départ des feux. Selon les pompiers, 10% des feux qui ont ravagé la Californie en 2017 sont imputables aux réseaux d’électricité.

non respect des règles de sécurité

Les nouveaux hommes des bois ne sont pas exempts de tout reproche non plus. Pour réduire les coûts, ils construisent des maisons ne présentant aucune résistance à l’incendie. Histoire de se rapprocher de la nature, on préfère aussi s’installer en pleine forêt, au mépris des consignes de sécurité. Et tant qu’à faire, on rechigne à réaliser les travaux de débroussaillage réglementaires. Mauvais choix, car les forêts fédérales sont de moins en moins bien entretenues.

Depuis une vingtaine d’années, les services forestiers fédéraux délaissent la prévention des incendies (feu contrôlé, évacuation des bois morts) pour se concentrer sur la lutte contre le feu. Entre 2001 et 2015, 17 millions d’hectares ont été nettoyés par les forestiers fédéraux: l’équivalent de 16% des surfaces qui ont été consumées durant la même période.



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