Les impacts cachés des retenues d’eau

Le 20 mai 2016 par Stéphanie Senet
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
La France compte au moins 125.000 petites retenues
La France compte au moins 125.000 petites retenues

Commandée par le ministère de l’écologie avant l’affaire Sivens, une expertise scientifique collective s’intéresse à l’effet cumulé des retenues d’eau sur le milieu aquatique. Diffusés le 19 mai, ses résultats soulignent le besoin criant de recueillir des informations sur le terrain.

 

Ce qu’on sait, c’est qu’on ne sait pas! C’est en résumé la conclusion à laquelle sont arrivés les experts de l’étude pilotée par l’Irstea[1], en collaboration avec l’Inra[2] et l’Onema[3]. L’effet cumulé «d’un projet de retenue avec les autres projets connus» dans le bassin versant doit pourtant être porté à toute étude d’impact selon le décret du 29 décembre 2011. «Il remontait des bureaux d’étude et des services de l’Etat qu’il était impossible d’aborder la question au regard des outils disponibles», explique Nadia Carluer, pilote scientifique de l’étude à l’Irstea. Une expertise a donc été lancée pour faire l’état des lieux de la littérature scientifique et proposer une méthodologie visant, in fine, à améliorer les dossiers d’instruction.
 

Résultat: les chargés d’étude vont devoir s’arracher encore un peu plus les cheveux. Cette expertise n’aboutit en effet à aucun cadre méthodologique précis. Elle propose toutefois une liste des caractéristiques permettant d’approfondir l’effet cumulé de retenues de petite et moyenne taille (dont la capacité ne dépasse par plusieurs millions de mètres cubes). Une «grille de lecture» qui s’appuie sur trois éléments principaux: les flux entrants, les caractéristiques propres à la retenue et les flux sortants.

 

Une entrée, une résidence, une sortie

 

Du côté des entrées, les facteurs les plus importants pour le milieu aquatique proviennent de la source d’alimentation. S’agit-il d’un pompage dans la nappe? Dans la rivière? Est-ce une retenue collinaire? En dérivation? En barrage?

 

Comme les effets diffèrent aussi selon les caractéristiques propres de la retenue, il faut également étudier sa taille, sa morphologie, son volume et sa dynamique de prélèvement en fonction des usages. Le «temps de résidence»[4] de l’eau s’avère à ce stade particulièrement décisif.

 

A Sivens, une zone humide en mal de réhabilitation
Alors que le projet du barrage de Sivens (Tarn) a été abandonné au profit d’une retenue plus petite, le collectif Testet et la Confédération paysanne ont déploré le 19 mai, lors d’une conférence de presse, l’absence de réhabilitation de la zone humide et des terres agricoles. Pour se faire entendre, ils ont décidé de boycotter les auditions lancées autour du projet de territoire et organisent une manifestation le 31 mai à Albi. «Si aucune initiative n’est prise par le préfet ou le président du département, le collectif se verra dans l’obligation d’appeler ses membres et sympathisants à procéder eux-mêmes à la réhabilitation de la zone humide et des terres agricoles», annonce Ben Lefetey, porte-parole du collectif Testet.


Enfin, du côté des sorties, les chercheurs mettent l’accent sur la position de la retenue dans le bassin versant, sur les connexions du réseau hydrographique, mais aussi sur la vulnérabilité du milieu et des espèces. «Sur le modèle de certains schémas d’aménagement et de gestion de l’eau (SAGE, ndlr), il s’avère intéressant de préciser les bassins les plus fragilisés grâce à des enquêtes de terrain», précise l’hydrologue de l’Irstea. Une nouvelle mission pour les directions départementales des territoires (DDT) et les chambres d’agriculture?

 

Du débit aux espèces

 

En attendant une méthodologie claire, qui devrait être diffusée à l’automne après son expérimentation dans les trois bassins accueillant le plus grand nombre de retenues d’eau (Loire-Bretagne, Adour-Garonne et Rhône-Méditerranée-Corse), la coordinatrice de l’expertise Nadia Carluer cite d’ores et déjà quelques indicateurs-clés. «Les principaux facteurs d’influence sont l’évolution des débits, précisée par le débit moyen, le débit de crue, le débit d’étiage et le débit observé pendant la période de reproduction des poissons, sans oublier le temps de résidence de l’eau et l’évolution de la structure des espèces aquatiques», conclut-elle. Pour l’heure, des inventaires des retenues ont été lancés dans plusieurs départements, dont la Drôme, le Gers, le Lot-et-Garonne et le Rhône.

 

 



[1] Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture

[2] Institut national de la recherche agronomique

[3] Office national de l’eau et des milieux aquatiques

[4] Il s’agit du temps de présence dans la retenue en fonction du volume de l’ouvrage.

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus