Les hydroliennes françaises attendent marché désespérément

Le 19 mars 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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16 mètres de diamètre, 2 MW et 1.000 tonnes d'acier.
16 mètres de diamètre, 2 MW et 1.000 tonnes d'acier.

Sur le pied de guerre, les industriels français attendent le moment favorable pour se jeter à l’eau. L’Etat semble un peu moins pressé.

Branle-le bas de combat, tout le monde sur le pont. C’était un peu la panique, ce matin 19 mars, au siège de DCNS. L’ancienne direction de la construction navale ne semble pas encore rompue à l’accueil simultané d’une foultitude d’élus locaux, de journalistes, de partenaires industriels. Sans oublier le peu ponctuel ministre de l’industrie.

Contrairement aux habitudes maison, ce gratin médiatique n’avait pas été réuni pour assister au lancement d’un navire ou d’un submersible, mais pour célébrer le démarrage d’une activité nouvelle pour les anciens arsenaux: les énergies marines renouvelables (EMR).

Une activité dans laquelle le constructeur des sous-marins nucléaires français tend à se diversifier. «DCNS est le seul industriel au monde à développer les 4 filières d’EMR: l’énergie thermique des mers, l’éolien offshore flottant, les centrales houlomotrices et les hydroliennes», rappelle Patrick Boissier, le PDG de l’entreprise publique.

Et de fait, le groupe naval a de grandes ambitions dans la production d’électricité marine. Après 60 mois d’essais en mer, l’entreprise va livrer à EDF EN 4 hydroliennes qui seront installées sur les fonds situés entre Paimpol et Bréhat (Côtes d’Armor). D’une capacité unitaire de 2 mégawatts, ces monstres de 16 mètres de diamètre et d’une masse totale de 1.000 tonnes devraient être raccordés au réseau d’ici la fin de l’année. DCNS se doit absolument de réussir ce test grandeur nature. L’industriel lorgne les marchés écossais et bas-normand.

L’Ecosse prévoit, en effet, d’investir 4 milliards de livres (4,8 milliards d’euros) dans des centrales ERM, au large de l’archipel des Orcades et du Pentland Firth. Plus près de nous, la pointe du Cotentin (Manche) est baignée par le fameux Raz Blanchard, l’un des plus puissants courants d’Europe. Situé dans le détroit séparant le cap de la Hague (célèbre pour son usine de retraitement de déchets nucléaires) et l’île anglo-normande d’Aurigny, le site sous-marin est susceptible d’accueillir «plusieurs gigawatts d’hydroliennes», estime Patrick Boissier. Le tout pour un coût de production «inférieur à celui des éoliennes offshore».

Problème: si l’Ecosse a déjà commencé à attribuer ses sites sous-marins aux énergéticiens, la France reste très en retard. Le cadre réglementaire de cette nouvelle source de production d’électricité reste lacunaire. Les réseaux de transport d’électricité ne permettent pas, pour le moment, d’évacuer les gigawattheures qui seraient produits sous l’eau. Bref, comme souvent, en pareil cas, les industriels réclamaient un coup de pouce à l’Etat.

D’autant que l’armada porteuse d’hydroliennes est presque prête à appareiller. Basées sur la technologie de l’Irlandais Open Hydro (dont 8% du capital sont détenus par DCNS), les machines de DCNS sont passées du stade de prototype à celui de la pré-série.

Des turbines que l’industriel entend fabriquer à Cherbourg (Manche). La semaine passée, DCNS a signé une convention avec les Ports normands associés pour réserver d’importantes surfaces sur le port de Cherbourg. De quoi y bâtir une usine produisant 1.000 hydroliennes, si le contexte le veut. «1.000 emplois pérennes pourraient être créés», renchérit le patron du groupe.

Sans compter les activités indirectes. «Nous avons identifié 356 entreprises susceptibles de participer à l’aventure, dont 217 qui se sont déjà positionnées dans les EMR», affirme Jean-René Villageois. «44% se situent dans l’ingénierie, 5% dans la préparation des sites, 26% dans la fabrication des éléments et 21% dans l’assemblage, l’installation et la maintenance», poursuit le président du comité EMR du groupement des industries de construction et activités navales.

Directement interpelé, Eric Besson rappelle que les Investissements d’avenir (les sous du Grand emprunt) vont consacrer 80 millions d’euros à cette filière. Un appel à manifestations d’intérêt sera lancé d’ici 2013, indique le ministre de l’industrie. Pour le reste, la feuille de route ministérielle n’est pas d’une grande limpidité. «D’ici la fin de l’année, promet le successeur de Christian Estrosi, Bercy rendra une étude sur le potentiel économique du Raz Blanchard.» Un travail comparable a aussi été demandé à RTE pour l’éventuel raccordement de cette formidable ferme hydrolienne. «L’objectif, avance le ministre, étant de lancer un appel d’offres d’ici deux ans.» Wait and see, comme on dit en… Ecosse.



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