Les humanitaires se rassemblent pour le climat

Le 04 septembre 2015 par Stéphanie Senet
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Pour la première fois, les ONG signent une mobilisation commune
Pour la première fois, les ONG signent une mobilisation commune

La lutte contre le réchauffement fait réagir des organisations jusqu’à présent silencieuses sur la question. Après la mobilisation de la communauté chrétienne, ou musulmane, les ONG humanitaires communiquent leur forte préoccupation dans une lettre ouverte publiée le 3 septembre.

 

Jusqu’à présent, le dérèglement climatique était cantonné, dans le milieu de la solidarité internationale, au pire à quelques débats internes, au mieux à la prise en compte de certaines conséquences, comme les migrations climatiques. La publication de cette lettre montre qu’un tournant est pris. «Nous appelons les chefs d’Etat à ne pas considérer les conséquences du dérèglement climatique comme des événements exceptionnels et imprévisibles sur le chemin du développement, mais bien comme une menace à long terme pour la pérennité du développement lui-même», écrivent de concert une vingtaine d’ONG dont Médecins du monde, Action contre la faim, Care, Handicap international et la Croix rouge. Médecins sans frontières a déclaré de son côté qu'elle ne s'exprimerait qu'en son nom.

 

Réduction accrue des risques de catastrophe

La multiplication des catastrophes naturelles a bien évidemment fait bouger les positions. 87% d’entre elles sont liées au climat en 2014 contre 75% il y a 20 ans, selon l’organisation onusienne chargée de la prévention des risques de catastrophe (UNISDR). «Sur le terrain, nous mesurons l’ampleur des dégâts», raconte au JDLE Gilbert Potier, directeur des opérations internationales de Médecins du monde (MdM). «A Madagascar, par exemple, nous avons installé en 2008 une mission de gestion des risques liés aux catastrophes naturelles car nous assistons à une multiplication des cyclones à cause du réchauffement», poursuit-il.

Ce type de programme est pourtant voué à disparaître au profit de la création d’un poste permanent de spécialiste de la réduction des risques de catastrophe au sein de toutes les missions situées dans les zones à risques, selon le responsable associatif. «Trois quarts des catastrophes que nous observons sont des glissements de terrain résultant à 80% d’une activité humaine, comme la construction d’un pont ou d’un barrage, situé majoritairement en Asie», explique-t-il. Si MdM ne dispose pour l’heure que de quelques postes temporaires, certaines associations embauchent en CDI. «Alors que 4% de nos budgets sont consacrés à l’évaluation des risques, nous étudions la possibilité d’en octroyer demain 1 ou 2% à la réduction des risques», affirme Gilbert Potier.

 

Le lien entre dérèglement climatique et crises humanitaires

Si ces ONG reconnaissent «profiter de la tribune ouverte par la conférence climatique de Paris», elles n’en sont pas moins préoccupées par l’ampleur des conséquences du réchauffement. «Les acteurs humanitaires peinent déjà à répondre au nombre croissant de crises internes et simultanées qui éclatent dans le monde. Ils n’auront pas les moyens de répondre aux effets cumulés d’une hausse de 3°C de la température du globe», écrivent-ils dans la missive adressée au ministre des affaires étrangères Laurent Fabius.

Pour ce collectif, l’enjeu est désormais politique. Il passe par la conclusion «d’un accord ambitieux qui souligne le lien entre dérèglement climatique et crise humanitaire et limite le réchauffement à 1,5°C». A titre d’exemple, le réchauffement va aggraver les crises liées à l’insécurité alimentaire et hydrique, exposant 600 millions de personnes supplémentaires à la faim d’ici 2080 et 40% de la population mondiale sera touchée par une pénurie d’eau en 2050.

 

Auto-critique?

Connu pour son regard critique sur le milieu humanitaire, l’ancien président de Médecins sans frontières (MSF) Rony Brauman souligne la démarche tout en trouvant l’argument mauvais. «S’il ne s’agissait que d’une question de moyens, il suffirait de multiplier les camps humanitaires. Mais l’enjeu est évidemment fondamental. Il ne suffit pas de légiférer sur la transition énergétique ou de prendre un engagement par rapport au climat. Encore faut-il appliquer les décisions», lance-t-il.

En résumé, les ONG humanitaires ne peuvent pas non plus faire l’impasse sur leur auto-critique. «Leur conscience environnementale commence juste à se développer, notamment à MSF, dont l’activité logistique est connue pour être très énergivore. Les programmes médico-sanitaires tournés vers l’environnement sont par ailleurs encore très limités, sans doute par manque de compétences et parce qu’ils impliquent des relations avec des entreprises ou des responsables politiques avec qui on n’a pas l’habitude de travailler», reconnaît Rony Brauman.



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