Les herbicides favorisent la dépression

Le 31 juillet 2013 par Marine Jobert
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Quelques coquelicots valent mieux qu'une sévère dépression.
Quelques coquelicots valent mieux qu'une sévère dépression.
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Herbicides et joie de vivre ne feraient pas bon ménage… C’est ce que met en évidence une étude publiée dans l’American Journal of Epidemiology, sous la plume de Mark Weisskopf, professeur associé d’épidémiologie environnementale et professionnelle à l’université d’Harvard, en lien avec des chercheurs français de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Des études précédentes -menées dans le cadre de l’étude en cours sur la santé des agriculteurs américains- avaient déjà mis en évidence une prévalence plus élevée de la dépression chez les agriculteurs, associée à plusieurs familles de pesticides. Ici, il s’agissait de mettre en regard les expositions professionnelles à certaines familles de pesticides et l’examen du parcours de dépression d’agriculteurs français. Les 781 participants ont été recrutés parmi des candidats à une étude sur le lien entre pesticides et maladie de Parkinson, membres de la Mutualité sociale agricole (MSA) entre 1998 et 2000.

 

Les patients ont d’abord fait état eux-mêmes de leur exposition professionnelle aux pesticides avant d’être interviewés à domicile par un médecin de la MSA, afin d’obtenir la liste précise des produits utilisés. Quels produits? Pour quels usages? Quand et pendant combien de temps? Différentes dimensions personnelles ont été prises en compte: sexe, niveau d’éducation, tabagisme, traumatisme crânien avec perte de conscience, utilisation des pesticides pour le jardin, etc. Trois familles de pesticides ont été retenues: insecticides, fongicides, herbicides.

 

14,6% de ces hommes et de ces femmes ayant mené une activité agricole ont fait état de soins ou d’hospitalisation en lien avec un état dépressif. Le chiffre est dans la moyenne nationale et internationale. L’intérêt majeur de cette étude, c’est qu’elle met en évidence une prévalence plus élevée pour les agriculteurs exposés aux herbicides. «Le risque de dépression augmente de 2,3 comparé à ceux qui n’en utilisent pas», détaille l’étude. Trois catégories de pesticides sont pointées du doigt: les carbamates, l’acide picolinique  et le dinitrophénol.

 

L’échantillon français présentait l’avantage, par rapport aux données américaines disponibles, de répondre à deux questions essentielles: à quelle période l’agriculteur a-t-il été exposé et combien de temps avant la survenue de la dépression. «Quand on demande aux agriculteurs à quels pesticides ils ont été ‘exposés’, c’est l’usage qu’ils rapportent», détaille Mark Weisskopf au Journal de l’environnement. «Mais comment ils les ont utilisés, quelles protections ils portaient, cela n’est pas précisé.» C’est ce qui amène le chercheur à être nuancé dans l’interprétation de ses résultats. «Est-ce que les insecticides et les fongicides –et particulièrement les organophosphorés- sont perçus comme plus dangereux et sont donc employés plus précautionneusement, ce qui conduit à une moindre exposition physique aux produits? Est-ce qu’a contrario, les herbicides sont perçus comme des pesticides moins dangereux et l’exposition serait-elle donc plus forte?», se demande Mark Weisskopf. Il n’exclut toutefois pas que les herbicides aient une action délétère plus forte ou que les deux autres familles de pesticides n’aient pas d’effet sur la survenue de la dépression.

 

Aux Etats-Unis, 65% des pesticides utilisés sont des herbicides et 40% des ménages américains possèdent des herbicides pour jardiner. Le chercheur américain en appelle donc aux jardiniers du dimanche, car «si les herbicides sont considérés en général comme plus sûrs et que les gens prennent moins de précaution parce qu’ils les considèrent comme non toxiques, cela peut causer de vrais problèmes».

 

 

 

 



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