Les hangars solaires de la colère

Le 10 mai 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'affaire mobilise déjà une vingtaine de plaignants.
L'affaire mobilise déjà une vingtaine de plaignants.
SolarCity

Les agriculteurs vont monter à Paris. Cette fois, ce n’est pas la chute des cours du porc ou la possible interdiction des néonicotinoïdes qui les motivent, mais leurs hangars photovoltaïques.

A l’orée de la décennie, des commerciaux démarchent à tous crins les exploitants agricoles. Le deal qu’ils proposent semble intéressant: des entreprises partenaires construisent de grands hangars dont ils garnissent le toit de panneaux photovoltaïques (jusqu’à 700 mètres carrés par bâtiment!).

Les investisseurs font plus que se rembourser en vendant, 20 années durant, l’électricité ainsi produite à EDF. L’agriculteur, lui, peut développer de nouvelles activités (stockage ou séchage de céréales, par exemple) en utilisant gracieusement le bâtiment agricole construit sur ses terres.

460 hangars solaires

L’un des champions français du hangar solaire clé en main a longtemps été Hyseo. Propriété de son fondateur, Pascal Colleani, l’entreprise toulousaine revendique, en 5 ans, la réalisation de «plus de 460 projets représentant 74 mégawatts crête». Près de la moitié d’entre eux ont été conduits pour le compte d’EDF EN (à l’époque l’un des actionnaires d’Hyseo). Les 40 autres MWc ont été menés au bénéfice d’investisseurs privés.

Problème: ces hangars ont souvent été mal conçus, ou mal construits. Et de nombreuses toitures solaires ont une étanchéité toute théorique. De quoi révolter les agriculteurs qui voient s’éloigner toute perspective de stocker et a fortiori de faire sécher du maïs. Des activités qui, dans certains cas, peuvent générer jusqu’à 10% du chiffre d’affaires annuel d’une exploitation.

Les malheurs de la sous-traitance

Interrogé par le JDLE, Pascal Colleani ne nie pas les malfaçons, mais rejette toute responsabilité sur ses anciens partenaires. «Nous ne nous sommes occupés que du permitting. S’il y a des responsabilités à chercher, c’est du côté d’EDF EN, des constructeurs et des contrôleurs techniques», estime l’ingénieur.

Représentant une vingtaine d’agriculteurs lésés, Kathy Mira partage ce point de vue: «Il fallait aller vite. Hyseo a mené le projet pour le compte d’EDF EN qui, par la suite, a sous-traité la maîtrise d’œuvre et le contrôle technique.» Résultat: des structures imposantes sous lesquelles il pleut parfois comme vache qui pisse.

mutisme total

Sur ce dossier, la filiale Renouvelables d’EDF garde un mutisme total. L’entreprise n’a répondu à aucune de nos sollicitations. Et les demandeurs n’ont pas été mieux accueillis. «J’ai cherché à négocier avec eux pendant 18 mois. Mais ils ont préféré attendre les résultats d’une expertise judiciaire», confirme l’avocate montoise.

Ce sera donc à la justice de trancher. Parallèlement aux investisseurs, dont les centrales photovoltaïques ont été débranchées par des agriculteurs mécontents, Kathy Mira s’apprête à lancer ses assignations devant le tribunal de grande instance de Paris. «Cela donnera l’occasion aux magistrats d’avoir une vision complète du problème», justifie-t-elle.

A chaque demandeur sa procédure. Les agriculteurs veulent simplement être indemnisés pour avoir dû changer l’affectation des bâtiments à la toiture trouée. Les investisseurs, propriétaires des bâtiments mal construits, voudront probablement rentrer dans leurs frais. Une facture dont le montant s’annonce d’ores et déjà prohibitif.

 



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