Les grenouilles font de la résistance

Le 30 mars 2018 par Romain Loury
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Une victime de la chytridiomycose
Une victime de la chytridiomycose
Jamie Voyles

Une (rare) bonne nouvelle pour les amphibiens: après la forte mortalité engendrée par le champignon Batrachochytrium dendrobatidis, plusieurs espèces de grenouilles semblent avoir développé une résistance. Fortement touché, le Panama voit ainsi revenir des populations que l’on croyait éteintes, révèle une étude publiée jeudi 29 mars dans Science.

 

Observé pour la première fois en 1998 en Australie et en Amérique latine, avant de se répandre dans le monde dont l’Europe, ce champignon, très souvent mortel, est à l’origine de nombreuses extinctions locales d’amphibiens. Affectant près de 700 espèces, la chytridiomycose entraîne la mort chez quasiment tous les individus infectés, par blocage des organes respiratoires.

Des espèces sur le retour

Publiée jeudi 29 mars dans Science, l’étude de Jamie Voyles, biologiste à l’université du Nevada (Reno), et ses collègues révèle des signes d’espoir. Les chercheurs ont étudié 12 espèces de grenouilles du Panama, décimées par Batrachochytrium dendrobatidis au cours des années 2000. Surprise: neuf d’entre elles réapparaissent, contre toute attente, dans des zones dont on les croyait définitivement disparues.

Comment expliquer ce retour? Tout simplement par le fait que les épidémies éliminent rarement les espèces, car ce ne serait pas dans l’intérêt du pathogène. Après une période de forte épidémie, un équilibre s’établit entre l’hôte et son pathogène. C’est d’ailleurs ce phénomène qui expliquerait que 30% à 50% de la population européenne, et pas la totalité, ait succombé à la peste de 1348.

Quand l’hôte se rebiffe

Pour Batrachochytrium dendrobatidis, les raisons ne sont pas à chercher du côté du pathogène: les chercheurs ont analysé des souches prélevées en 2004, au plus fort de l’épidémie, qu’ils ont comparées à des souches actuelles. Les tests menés in vitro ne révèlent aucune différence de croissance ou de pathogénicité: il n’y a donc pas eu d’évolution notable du champignon, toujours aussi mortel.

L’étude des grenouilles révèle en revanche des résultats frappants. Les chercheurs ont analysé des grenouilles clowns (Atelopus varius) capturées en zone infectée, qu’ils ont comparées à des individus issus d’une lignée de laboratoire, prélevées avant l’épidémie –ni elles ni leurs ascendants n’ont donc été exposés au pathogène.

Résultat: les sécrétions cutanées (première barrière immunitaire des amphibiens) des individus sauvages sont capables d’inhiber le champignon, de manière bien plus marquée que celles d’individus de laboratoire, bien que de la même espèce.

La sélection naturelle à l’ouvrage

Ces grenouilles résistantes semblent donc avoir développé une immunité à Batrachochytrium dendrobatidis. Reste à savoir si cette immunité existait, avant même la survenue de l’épidémie, chez quelques individus qui auraient ainsi été sélectionnés, ou si elle s’est développée du fait de mutations apparues au cours de l’épidémie.

Pour Allison Byrne, co-auteure de l’étude, «ce pathogène infecte de nombreuses espèces d’amphibiens –parfois sans les rendre malades- et il peut survivre dans l’environnement en dehors de son hôte, ce qui montre qu’il ne va pas s’en aller de sitôt. Cette étude redonne espoir dans le fait que certaines espèces peuvent récupérer, tout en étant constamment exposées à un pathogène mortel».

D’autres espèces devenues résistantes

D’autres cas de grenouilles ayant fait leur retour après une épidémie de Batrachochytrium dendrobatidis ont été rapportés. Parmi ces espèces, la grenouille australienne Mixophyes fleayi, ou encore la grenouille à pattes jaunes de la Sierra Nevada (Rana sierrae).

Malgré cet espoir, la situation des amphibiens demeure peu joyeuse: en recul sur l’ensemble des continents, ils sont menacés par l’assèchement des zones humides (pour les besoins de l’agriculture et de l’urbanisation), ainsi que par la pollution chimique, le changement climatique et bien d’autres pathogènes. Parmi eux, les ranavirus, qui déciment également les reptiles.



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