Les grands carnivores, ça sert à quelque chose

Le 10 janvier 2014 par Marine Jobert
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Le dingo, inféodé au continent australien.
Le dingo, inféodé au continent australien.
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José Bové va être surpris: le loup rend des services économiques à la collectivité. Alors que l’eurodéputé appelle à supprimer le statut d’espèce protégée dont jouit le mammifère, une équipe internationale de scientifiques vient de lancer un appel pour protéger les grands carnivores. Non seulement leur nombre diminue à un rythme inquiétant, mais ces régressions entraînent en cascade des déséquilibres écosystémiques chez quantité d’autres espèces, tant animales que végétales. Les activités humaines sont aussi concernées par cet effondrement. Plus de 75% des 31 espèces de grands carnivores recensés voient leur population se réduire et 17 d'entre elles sont désormais cantonnées à moins de la moitié du territoire qu'elles occupaient initialement, indique l’étude publiée le 10 janvier dans la revue américaine Science.

 

Les scientifiques ont étudié plus précisément le devenir de 7 espèces: le lion africain, le lynx européen, le léopard, le loup gris, le puma, la loutre de mer et le dingo en Australie. Dans chaque territoire, ils ont observé les conséquences de leur déclin ou de leur disparition. Le recul des populations de pumas et de loups, dans le parc de Yellowstone aux Etats-Unis, qui a entraîné un accroissement du nombre d'animaux se nourrissant des feuilles d'arbres et d'arbustes, comme les cervidés. Ce phénomène perturbe la croissance de la végétation et affecte oiseaux et petits mammifères, expliquent les auteurs. En Afrique, la disparition d'un grand nombre de lions et de léopards a provoqué une explosion du nombre de babouins olives, qui s'attaquent aux récoltes et aux troupeaux. En Europe, c’est la surpopulation de chevreuils et de lièvres qu’aurait entraînée la disparition des lynx. Enfin, la diminution des populations de loutres en Alaska a occasionné un fort accroissement des oursins et, mécaniquement, une réduction des algues brunes dont ils se nourrissent.

 

Les chercheurs soulignent que l’essentiel du problème vient d’une vision humaine dépassée, selon laquelle ces prédateurs sont dangereux et menaçants pour les autres formes de vie. «La tolérance humaine envers ces espèces est un problème majeur pour la conservation», estime William Ripple, professeur au département des écosystèmes forestiers de l'université de l'Etat d'Oregon et auteur principal de cette recherche. Une reconnaissance rapide du rôle complexe de ces carnivores est également indispensable, estiment les scientifiques, de concert avec la prise en considération de leur valeur en termes économiques. «Nous estimons que ces animaux ont un droit intrinsèque à exister, mais ils fournissent également des services économiques et écologiques», explique le professeur. Et les tentatives humaines de singer les services rendus par ces grands amateurs de viande sont rarement couronnées de succès. C’est notamment le cas pour la séquestration de carbone –améliorée par la limitation des herbivores qui ont tendance à freiner le développement des arbres-, de la protection de la biodiversité ou du contrôle des maladies.

 

Un espoir, toutefois: la résilience des écosystèmes peut être grande lorsque le mammifère reprend ses droits sur son territoire. C’est notamment ce qui s’est passé avec les loups dans le parc du Yellowstone, soulignent les auteurs. Ils appellent au lancement d’une initiative internationale pour permettre la coexistence pacifique de ces carnivores avec l’espèce humaine, à l’image de la «Large Carnivore Initiative», lancée par l’Union européenne pour 5 espèces.

 

 

 



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