Les GNC fascinent les Américains mais inquiètent les Français

Le 31 décembre 2010 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Rétrospective 2010

 

Jusqu’à présent, la durée de vie des réserves de gaz naturel était estimée à une soixantaine d’années. Au rythme actuel de consommation, bien entendu. Depuis peu, les compagnies gazières américaines exploitent à grande échelle un nouveau « type » de gaz naturel : le gaz non conventionnel (GNC). Chimiquement, rien ne distingue ces molécules de celles en provenance de Russie, de Norvège ou du Qatar. Ce sont les réservoirs qui les différencient. Le gaz de schiste, par exemple, est présent dans des roches sédimentaires argileuses très compactes. Plus connu sous son surnom de grisou, le gaz de charbon baigne les veines de houille. Enfin, le gaz compact est confiné dans des réservoirs traditionnels, de craie ou de grès, compacts et très imperméables.

 

Ces contextes géologiques particuliers ont longtemps interdit l’exploitation des gisements. Mais avec la maîtrise récente de nouvelles technologies de forage et d’extraction s’ouvrent de nouveaux horizons gaziers. Contrairement aux gisements classiques, les forages de GNC doivent être horizontaux. Les « poches » de gaz étant souvent de petite taille, il est nécessaire d’avoir la plus grande superficie de contact avec les zones riches en gaz. Surtout, pour augmenter leur perméabilité, les foreurs doivent recourir à des techniques de fracturation hydraulique. L’injection d’eau sous pression fissure les roches, facilitant le drainage du méthane vers le puits.

 

Soutenus par Washington et disposant des deux tiers des appareils de forage du monde, les compagnies gazières américaines ont donné, ces dernières années, un formidable coup d’envoi à l’exploitation du GNC. En 2008, les Yankees en ont produit 290 milliards de mètres cubes, soit la moitié de leur production totale. Contre moins de 20 % au début des années 1990.  

 

En Amérique du Nord, les réserves sont relativement bien connues : autour de 90 trillons de m 3. « Avec le gaz non conventionnel, les réserves de gaz nord-américaines sont comparables à celles de la Russie », résumait récemment Olivier Appert. Initialement exploités par de petites compagnies, les GNC sont au désormais au cœur de la stratégie de développement des majors. « Depuis 2008, elles ont investi 84 milliards de dollars dans le GNC, dont 60 milliards dans des prises de participation », soulignait le patron de l’IFP.

 

Et nul doute que ce n’est pas fini. Encore mal évaluées hors des Etats-Unis et du Canada, les réserves de GNC font saliver les gaziers du monde entier. Selon les dernières estimations de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les sous-sols d’Asie, du Moyen-Orient, d’Afrique, d’Australie, d’Europe et d’Amérique latine regorgent de 280 trillons de m 3. Avec les réserves américaines, on égale à peu près le niveau des gisements connus de gaz naturel.

 

En Chine, en Inde et en Indonésie, les projets d’exploration de gaz de schiste et de houille se multiplient. En Europe, le consortium Gash (dont lequel on trouve l’IFP, Total et GDF Suez) achève de cartographier les zones réputées les plus favorables : l’Allemagne du Nord et le centre de la Pologne partent déjà favoris. En France, Total et GDF Suez mènent des campagnes de prospection dans le Sud-est de l’Hexagone.

 

La fièvre américaine du GNC peut-elle contaminer le reste du monde ? Probablement pas au même rythme. Et pour plusieurs raisons. L’Amérique du Nord contrôle l’essentiel des rigs de forage : 2.000, contre un peu plus de 700 au Moyen-Orient, en Asie et en Amérique latine, et 80 en Europe.

 

Ensuite, l’exploitation des gisements de GNC n’est pas sans poser quelques problèmes environnementaux, difficiles à résoudre en zone densément peuplée. Le volume d’eau nécessaire au forage et à la fracturation hydraulique d’un puits de gaz de schiste est compris entre 10.000 et 20.000 m 3 d’eau : autant que pour irriguer deux hectares de maïs pendant… un an. En partie remontée en surface, cette eau doit être ensuite épurée du sable, des minéraux et des produits chimiques utilisés lors de la fracturation hydraulique. Aux Etats-Unis, certaines nappes phréatiques ont probablement été contaminées par des forages de GNC.

 

Et c’est précisément ce qui inquiète certains politiques. Lundi 20 décembre, au cours d’une réunion publique à Saint-Jean-du-Bruel (Aveyron), les Amis de la terre ont demandé la publication d’une étude de risque pour les permis d’exploration couvrant l’Hérault, l’Aveyron, la Lozère, l’Ardèche et la Drôme.

 

Fustigeant l’absence de tout débat public sur la possible exploitation de ce combustible fossile, Corinne Lepage a demandé, dans une tribune publiée par Rue 89, l’ouverture d’un moratoire immédiat en France et en Europe, « avant qu'une expertise sur les impacts des technologies actuelles d'extraction et la définition d'un cadre juridique offrant toutes les garanties d'information et de protection des populations et de l'environnement ne soient mises en place. »



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