Les gendarmes de l’industrie ne sont pas (encore) sur les dents

Le 23 mars 2020 par Valéry Laramée de Tannenberg
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L'activité industrielle se réduit petit à petit.
L'activité industrielle se réduit petit à petit.

 

La diminution progressive de l’activité des grands sites industriels a de bons côtés. Sauf, peut-être, pour le secteur des énergies renouvelables électriques.

Pour les inspecteurs des installations classées, la pandémie a plutôt mal débuté. Le 13 mars dernier, l’usine Saipol de Grand-Couronne (76) était victime d’un accident spectaculaire. Au moment du changement d’équipe, à l’heure du déjeuner, la tour de distillation de cette unité de production de diester explosait, déclenchant un incendie rapidement maîtrisé.

Deux ans après l’explosion dans son usine de Dieppe (76), la filiale du groupe Avril laissait augurer un printemps chaud pour les inspecteurs des installations classées. Il n’en est rien. «Pour le moment, nous sommes en télétravail. Nous avons reporté les inspections de routine pour ne plus nous concentrer que sur des inspections réactives, par exemple en cas d’incident», explique Julien Jacquet-Francillon, de la Dreal Bourgogne-Franche-Comté.

réactions en chaîne

Le ralentissement de l’activité industrielle (l'industrie tourne à 25% de ses capacités, estime Bercy) décharge aussi les gendarmes de l’industrie d’une partie de leurs activités. En France et en Europe, les usines du secteur automobile sont à l’arrêt. Fort logiquement, leurs fournisseurs suivent le mouvement. L’aciériste Arcelor-Mittal a annoncé, le 19 mars, la réduction de ses productions dans le Vieux monde. 

A l’heure où certaines activités (imprimerie, cosmétique, peinture) déclinent fortement, faut-il craindre des ruptures brutales, faute de personnel ? «Les secteurs vitaux[1] disposent tous de plan de continuité d’activité [PCA] visés par les autorités. Ils sont armés pour fonctionner dans des conditions très dégradées», poursuit le secrétaire général adjoint du syndicat national des ingénieurs de l’industrie et des mines (SNIIM).

contentieux à l'arrêt

De fait, malgré quelques cas de coronavirus, détectés aux centrales du Bugey (01), de Flamanville (50) ou de Cattenom (57), la production d’électricité nucléaire n’est pas menacée. Le PCA d’EDF rend possible le fonctionnement quasi normal de ses centrales avec un taux d’absentéisme de 40%. Nous en sommes très loin.

Paradoxalement, les renouvelables devraient subir plus de conséquences de la crise que les énergies classiques. Faute de justice administrative opérationnelle, «toutes les procédures de contentieux sont à l’arrêt, sauf celles qui pourraient déboucher sur une jurisprudence défavorable à l'Etat», confirme Julien Jacquet-Francillon. La sortie de crise sera sans doute plus longue pour les promoteurs de projets éoliens ou solaires sous le coup d’un recours.

La sortie de crise, tout le monde y pense, sans en connaitre l'horizon. Un sentiment souvent partagé: rien ne sera plus comme avant. Pour le SNIIM, cela pourrait signifier que les 1.600 inspecteurs des installations classées français se voient décharger d'une partie de leurs charges administratives. Lesquelles représentent encore de 30% à 50% de leur travail quotidien.

 



[1] Alimentation, énergie, télécommunication, production d’eau potable, espace et recherche, industrie, santé, transports.