Les gazinières américaines cuisent aussi le climat

Le 26 juillet 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les métropoles US rejettent deux fois plus de méthane que prévu.
Les métropoles US rejettent deux fois plus de méthane que prévu.
Eric Kort

 

Les métropoles US émettent deux fois plus de méthane que prévu. En cause: la vétusté des réseaux de distribution et le manque d’étanchéité des gazinières.

Quand on évoque les gaz à effet de serre, on oublie souvent le méthane. Or, ce composant essentiel du gaz naturel est, en terme d’impact sur le climat, le deuxième GES le plus important après le CO2. On peut lui imputer environ 15% du réchauffement global.

Majoritairement rejeté par l’industrie pétrolgazière et par l’agriculture (bovins et riziculture), le méthane (CH4) a un pouvoir de réchauffement global 28 fois plus puissant que le gaz carbonique. Il ne faut donc pas le prendre à la légère. Or, ce gaz reste encore relativement mal connu. Notamment ses émetteurs.

des émissions déjà revues à la hausse

Ce n’est que très récemment que les «émissions fugitives» des gazoducs américains ont ainsi été réévaluées. Mauvaise surprise, ces fuites étaient deux fois plus importantes que ce qu’imaginait l’agence fédérale de protection de l’environnement, l’EPA.

Une équipe de scientifiques, menée par Genevieve Plant (université du Michigan) a estimé les émissions de méthane des centres urbains américains. Durant le printemps 2018, les chercheurs ont survolé, dans un avion instrumenté de la NOAA, Washington, Baltimore, Philadelphie, New York, Providence et Boston: 6 métropoles dotées de réseaux anciens, et abritant 12% de la population américaine.

40% des émissions française

Dans le papier qu’ils publient dans Geophysical Research Letters, les scientifiques estiment à 890.000 tonnes les émissions fugitives annuelles de méthane de ces agglomérations: l'équivalent de 40% des émissions françaises. Enorme ! Dans le lot, comment distinguer le méthane issu des réseaux de gaz de celui produit par les déchets putrescibles mis en décharge? Simple.

A bord de leur avion, les chercheurs ont aussi traqué l’éthane, un autre composant du gaz naturel que l’on ne trouve pas, en revanche, dans le biogaz de décharge. Aisément, ils parviennent ainsi à estimer que 85% des émissions méthaniques sont imputables aux réseaux de gaz: du gazoduc à la gazinière. 

Est-ce important?  Plutôt. D’une part, c’est trois fois plus que les émissions de CH4 comptabilisées au dessus de la formation de Bakken, l’un des principaux sites d’extraction des hydrocarbures non conventionnels, situé dans le Dakota du Nord. Mieux, les chiffres publiés par les membres de l’équipe de Genevieve Plant sont deux fois supérieurs au dernier bilan des fuites de gaz de ces mêmes villes établis par l’EPA.

Comment expliquer pareille différence? Simple. De l’avis d’Eric Kort (université du Michigan), co-auteur de l’étude, l’évaluation de l’EPA porte sur les fuites des gazoducs et du système de distribution de gaz naturel. L’enquête fédérale s’est arrêtée aux portes des logements, en quelque sorte. En clair, les gazières des Américains affichent des taux de fuite hallucinants. Ce qui n’est bon ni pour la sécurité de leurs utilisateurs, ni pour le climat.

 

 



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