Les futurs bonus/malus inquiètent les industriels

Le 02 septembre 2008 par Claire Avignon et Victor Roux-Goeken
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Jean-Louis Borloo assure qu’une vingtaine de familles de produits de grande consommation sera concernée à terme par le système de bonus/malus qui touche déjà les véhicules particuliers neufs. Tour d’horizon des favoris et des caractéristiques de leur marché.

L’électroménager
Les réfrigérateurs seront très probablement l’un des prochains produits de consommation concernés par le système de bonus/malus. «Dans le cadre d’un des comités opérationnels du Grenelle, nous étions partis sur une logique de crédit d’impôts, mais le gouvernement nous a redirigés vers ce système», indique Bernard Planque, délégué général du Groupement interprofessionnel des fabricants d’appareils d’équipement ménager (Gifam).
L’objectif du gouvernement est de réorienter le marché vers les produits classés A+ (20% des ventes) et A++ (part négligeable) au détriment des produits A (70%) et B (10%). «Sans soutien financier, les consommateurs ne s’orientent pas spontanément vers les réfrigérateurs les plus efficaces énergétiquement», estime Bernard Planque.
Si l’aide financière prévue par le gouvernement apparaît donc utile, elle sera difficile à équilibrer avec le malus. «On veut encourager l’achat de produits verts, et décourager les autres, mais pas trop, pour ne pas déséquilibrer le système. C’est ambigu», estime le représentant des fabricants d’électroménager.
La forme inquiète également le monde industriel. L’une des pistes formulées est de faire payer aux fabricants une taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) qu’ils seraient libres de répercuter vers le consommateur. Celui-ci pourrait donc ne pas payer de malus, et ne serait pas incité à ne pas acheter un produit polluant. «Nous souhaitons que le malus prenne la forme d’une éco-participation comme dans le cas des déchets électriques (DEEE). Il n’y aurait ni marge, ni enjeu commercial», indique Bernard Planque.
Il n’y a pas vraiment de discussions entre le gouvernement et les industriels concernant les autres produits électroménagers que sont les fours, lave-linges, et lave-vaisselles, indique par ailleurs le Gifam. «Contrairement aux réfrigérateurs, ils ne fonctionnent pas en continu, et donc consomment moins d’électricité», explique son délégué général.

Téléviseurs
Dans l’immédiat, le délégué général du Syndicat des industries de matériels audiovisuels électroniques (Simavelec) ne veut pas d’un bonus/malus. Bernard Heger, dont le syndicat représente 95% des télés haut de gamme, se dit seulement prêt à un affichage énergétique. Las, «le ministère chargé de l’environnement veut les deux en même temps».
Les critères à retenir pour fixer ce bonus-malus sur les télés constituent le principal point de désaccord avec le ministère. «Nous souhaitons que le bonus/malus soit basé sur trois critères: consommation relative du téléviseur, c’est-à-dire par centimètre carré d’écran, consommation de base et nombre de fonctionnalités intégrées.» Attribué selon la consommation absolue des télés, comme c’est le cas pour les automobiles, il pourrait plomber le boom des écrans plats, énergivores, et de la haute définition.
Le Simavelec n’est pas non plus favorable au «couponing» (1): le consommateur paierait son achat puis enverrait un coupon à une société tierce, lui donnant droit au bonus. «Je vois mal un client envoyer un coupon pour un petit bonus». Le malus, lui, pourrait atteindre 10 à 15% du prix d’une télé, selon le délégué général.

Les ampoules
Sur le principe, les fabricants et distributeurs d’ampoules ne s’opposent pas à l’apparition du bonus/malus pour leurs produits. «Mais cela fait des mois qu’on travaille avec le ministère à un programme volontaire de réduction des linéaires de distribution pour les ampoules à incandescence, afin de favoriser celles à basse consommation énergétique. Et on apprend par la presse qu’on pourrait être soumis au bonus/malus!», s’indigne Xavier Peyrou, délégué général du Syndicat de l’éclairage.
Surtout, Xavier Peyrou met en garde le gouvernement contre sa volonté d’instaurer un bonus permanent. «Nous préférerions trois opérations promotionnelles chaque année», indique-t-il. Cela permettrait à l’Etat d’équilibrer plus facilement les bonus et les malus, estime le spécialiste du secteur, et aux industriels de mieux maîtriser le marché: «Le nombre d’ampoules à basse consommation fabriqué dans le monde est insuffisant pour répondre à la demande internationale. Il est impossible de remplacer immédiatement les 180 millions de lampes à incandescence vendues chaque année en France, alors que l’Espagne, l’Angleterre, l’Irlande, le Portugal, et d’autres encore, s’apprêtent à prendre des mesures similaires. On risquerait de se retrouver avec des linéaires vides».
De son côté, Bruxelles s’apprête également à interdire en plusieurs étapes les ampoules à incandescence, à commencer par les plus puissantes.

Pneumatiques
Si les émissions de gaz à effet de serre des véhicules particuliers devraient diminuer en 2008 grâce au bonus/malus instauré fin 2007, elles pourraient connaître une nouvelle baisse avec l’instauration du même dispositif financier pour les pneumatiques. Car ceux-ci sont responsables de 20% de la consommation énergétique des automobiles.
Les manufacturiers ont déjà une solution: les pneumatiques à faible résistance au roulement, qui permettent de réduire jusqu’à 3% la consommation énergétique d’une voiture. Et ces produits étant également les plus innovants, les manufacturiers n’ont pas à craindre l’apparition d’un bonus/malus pour leurs produits.
«Sur le plan de l’image, ce serait une reconnaissance de nos efforts d’investissements en R&D qui ne sont pas toujours perçus par les consommateurs, ajoute Bruno Muret, responsable de la communication du Centre français du caoutchouc. Les pneus, c’est toujours noir et rond, on n’a pas la perception de la haute performance.»
De son côté, la Commission envisage de rendre obligatoires les pneus «verts» en 2012, mais seulement pour les véhicules neufs.
Seule inquiétude pour les manufacturiers: «les problèmes de gestion» qui pourraient apparaître.

Ordinateurs
Les ordinateurs et la micro-informatique, pressentis pour un bonus/malus selon plusieurs quotidiens, ne devraient pas être concernés. «Pour l’instant les discussions sont limitées aux téléviseurs, et il n’y a pas d’extensions sur la micro-informatique. Mais le monde des technologies de l’information fait partie des sujets, et rien n’est figé», selon Xavier Autexier, délégué général d’Alliance Tics.

(1) Voir l’article du JDLE «Vers la suppression des ampoules à incandescence dans l’UE»


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