Les «fuites» de CO2 des écosystèmes terrestres

Le 17 juin 2013 par Marine Jobert
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La déforestation est un fléau pour le stockage naturel de CO2.
La déforestation est un fléau pour le stockage naturel de CO2.
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Les écosystèmes terrestres piègeraient beaucoup moins de CO2 que ce qu’on pensait jusqu’ici. C’est l’analyse menée par une équipe internationale[1], qui a comptabilisé les bilans d’émission et de capture des gaz à effet de serre au niveau des rivières, lacs, fleuves, estuaires et zone côtières – aussi appelés «continuum aquatique terre-mer». Il ressort de cette étude publiée dans Nature Geoscience que les activités humaines ont significativement modifié la circulation du carbone, hâtant sa migration des écosystèmes terrestres vers les rivières et les estuaires. Conséquence: un phénomène de «fuites» vers les milieux aquatiques. «La quantité de dioxyde de carbone réellement piégée par les écosystèmes terrestres[2] serait environ 40% inférieure aux dernières estimations publiées par le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (Giec), car celui-ci ne tient pas compte de ces fuites de carbone», estime Pierre Régnier, de l’Université libre de Bruxelles.

 

Ces «fuites» seraient dues à la déforestation, au déversement des eaux usées et au processus de météorisation[3]; autant de phénomènes dont les rythmes s’accélèrent depuis le début de l’ère industrielle. «Le stockage de carbone dans les sédiments de ces rivières et dans les régions côtières pourrait constituer  un environnement plus sûr que le stockage dans le sol sur la terre ferme», considère Pierre Friedlingstein, de l’Université d’Exeter. «Etant donné que les sols se réchauffent, le carbone séquestré peut partir dans l’atmosphère. Les risques que cela survienne avec des sédiments humides sont minimes.»

 

Cette étude ne permet pas encore d’établir avec certitude le bilan carbone mondial, mais «la capacité globale de stockage par les écosystèmes terrestres doit être significativement révisée à la baisse», estiment les scientifiques. «Les écosystèmes terrestres et marins sont des acteurs majeurs du stockage du CO2, et par conséquent de la modération du changement climatique. Il est donc crucial d’inclure ces nouveaux flux du continuum aquatique terre-mer dans les bilans globaux du CO2.»

 

 



[1] Une équipe de recherche internationale, à laquelle ont participé le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (IPSL/LSCE – CEA/CNRS/UVSQ) et le laboratoire Géosciences environnement Toulouse  (CNRS/IRD/Université Paul Sabatier Toulouse 3), avec l'Université Libre de Bruxelles (ULB) et l'Université d'Anvers. 

[2] Les activités humaines injectent chaque année 8,9 gigatonnes de carbone dans l’atmosphère. Environ une moitié est reprise par les écosystèmes océaniques et terrestres: les océans capturent près de 2,3 Gt de carbone, et la végétation (forêts, prairies, cultures, marais..) environ 2,5 Gt. Le reste s’accumule dans l’atmosphère et contribue au réchauffement global de la planète.

[3] La météorisation est l'altération des roches par exposition aux agents atmosphériques.

 



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