Les Franciliens respirent moins de pesticides

Le 11 mai 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les Franciliens peuvent respirer des traces de plusieurs dizaines de pesticides.
Les Franciliens peuvent respirer des traces de plusieurs dizaines de pesticides.
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Une étude d’Airparif l’affirme, les Franciliens sont moins exposés aux pesticides qu’en 2006. Reste à savoir s’il s’agit d’une tendance de fond. 

Coïncidence. Après que les représentants des vignerons bordelais ont annoncé leur intention d’en réduire considérablement la consommation, Airparif s’intéresse aussi aux pesticides. Dans l’air, cette fois. Ce mardi 11 mai, les dirigeants du réseau francilien de mesure de la qualité de l’air ont présenté les résultats d’une campagne de mesure de pesticides dans l’air de la région capitale.
Réalisée entre 2014 et 2015, cette étude s’est attachée à suivre la concentration dans l’air de 171 molécules, sur un site urbain (le XVIIIe arrondissement de Paris) et un site rural (site dans la Beauce). Un absent de marque: le glyphosate (présent notamment dans le RoundUp de Monsanto). «C’est une molécule complexe à caractériser. Il aurait fallu doubler le dispositif de captage», justifie Frédéric Bouvier, directeur général du réseau. Dont acte.

bon printemps pour les bronches

Sur les 171 molécules recherchées, seuls 48 pesticides ont été détectés par les chromatographes et les spectromètre de masse: 12 acaricides-insecticides,18 fongicides et autant d’herbicides. A la ville comme à la campagne, les composés les plus fréquents sont le chlorothalonil[1], le métolachlore[2], le pendiméthaline[3], le fenpropidine[4] et le prosulfocarbe[5].

Une trentaine de substances (26 exactement) sont fréquemment présentes, à la fois dans l’air urbain et campagnard. Sinon, l’air des villes est surtout pollué par des insecticides, contrairement au bon air des campagnes qui fleure bon l’herbicide.

Le printemps est la meilleure saison pour se désinfecter les bronches. C’est durant cette belle saison que l’on retrouve les deux tiers des molécules actives dans l’air, aussi bien en ville qu’en zone rurale. Normal. C’est la saison des premiers gros traitements dans les champs. Et on ouvre les fenêtres, dans les villes.

Dangereux pour l’homme?

A la question de savoir si ces concentrations sont dangereuses pour l’homme, la réponse est des plus floues. «Les concentrations sont la plupart du temps inférieures au nanogramme (ng) par mètre cube d’air[6]. Ce qui équivaut à un grain de sel dans une piscine olympique», explique Jean-Félix Bernard, président d’Airparif. Certes.

Pas de seuil dans l’air

Plus prosaïquement, aucune réglementation, européenne ou française, ne fixe de seuil de dangerosité pour les pesticides dans l’air, ni n’oblige à surveiller leur concentration. Ce qui pourrait évoluer. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) tente actuellement de hiérarchiser les molécules à suivre, en fonction de leur dangerosité.

Avec la hausse régulière de la consommation de produits phytosanitaires par les agriculteurs, on serait tenté de croire que l’air que nous respirons est de plus en plus saturé en molécules toxiques. Pas forcément. L’intérêt de l’étude menée par Airparif est qu’elle revient sur les lieux du crime 10 ans après un premier relevé d’empreintes chimiques[7].

Forte diminution

Si l’on s’en tient aux seules 80 molécules mesurées dans les deux études, la tendance est plutôt satisfaisante. «En zone agricole, on voit baisser d’un quart le nombre de substances détectées (passant de 29 à 21 entre 2006 et 2014), alors que ce nombre reste identique en ville (19), se réjouit Frédéric Bouvier. En revanche, poursuit le DG du réseau francilien, on observe une baisse moyenne des teneurs, de l’ordre de 70% sur le site rural et de 75% sur l’urbain. Cette baisse atteint même 95% pour les composés dont la teneur était la plus élevée.» Seule exception: le métolachlore dont les concentrations ont fortement grimpé. Une conséquence collatérale de l’interdiction de plusieurs autres herbicides ces dernières années.

Tendance ou hasard?

Comment s’assurer que cette tendance n’est pas le fruit du hasard météorologique? «On observe les mêmes tendances dans d’autres régions agricoles», insiste Frédéric Bouvier. En fait, tout dépend des molécules. Atmo Poitou-Charentes suit en continu les concentrations d’une vingtaine de pesticides. Depuis 2003, le réseau picto-charentais observait une baisse régulière des concentrations d’herbicides et d’insecticides. Des efforts ruinés en 2013 par une météo humide et chaude qui a conduit les agriculteurs à avoir la main très lourde avec les herbicides et notamment le prosulfocarbe et la pendiméthaline.

Autre facteur limitant des études ponctuelles: l’évolution des formulations des ‘phyto’. «Ils sont désormais conçus pour être moins volatils», concède Frédéric Bouvier. Ce qui réduit leur propension à s’envoler, mais accroît les risques de pollution des sols et des eaux. Enfin, le paysage phytopharmaceutique évolue. Depuis 2003, certaines molécules très courantes, comme l’atrazine, le diméthénamide ou le terbuthylazine, ont été interdits à la vente à et l’utilisation. Ce qui n’interdit pas d’en retrouver, parfois, quelques traces. Il faut bien écouler les stocks…



[1] Substance utilisée dans de nombreux fongicides.

[2] Herbicide interdit à la mise sur le marché français depuis 2003.

[3] Herbicide à large spectre. Cancérogène possible.

[4] Fongicide.

[5] Utilisée dans de nombreux herbicides.

[6] Dans certaines régions de Champagne, la concentration de pesticides peut dépasser les 2.500 ng/m3 d’air.

[7] Airparif a publié un premier bilan pesticide en 2006.

 



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