Les Français très exposés aux pesticides, selon l’inVS

Le 30 avril 2013 par Marine Jobert
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L'alimentation, voie principale d'exposition aux pesticides.
L'alimentation, voie principale d'exposition aux pesticides.
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Les Français ont un taux d’imprégnation parmi les plus élevés, pour certains pesticides, comparé aux Américains ou aux Allemands. C’est ce que révèle une étude de l'institut national de veille sanitaire, qui porte sur trois familles de pesticides et certains PCB. Si l’alimentation est la première cause d’exposition, c’est surtout sur les usages domestiques que l’inVS met en garde. L’étude met en lumière que l’interdiction ou la restriction, au fil des années, de certains produits jugés trop toxiques, reste la seule voie pour diminuer l’exposition des individus et des écosystèmes.

La première place européenne de la France comme utilisatrice de pesticides se lit dans le corps des Français. L'institut national de veille sanitaire (inVS) a publié, lundi 29 avril, le second tome de son rapport consacré à l’«exposition de la population française aux substances chimiques de l’environnement», qui porte sur les pesticides et les PCB-NDL. Ce travail, qui s’inscrit dans le cadre du volet environnemental de l’étude nationale nutrition santé (ENNS), a été réalisé grâce à des analyses de sang, d’urine et de cheveux prélevées sur un échantillon représentatif de la population française en 2006-2007. Il reflète son imprégnation et son exposition chronique à des substances chimiques qui ont été ou sont toujours utilisées par le monde agricole et par les particuliers.

 

Les pyréthrinoïdes arrivent en tête des pesticides les plus utilisés et les plus fréquemment retrouvés tant dans les organismes que dans les logements. Les professionnels comme les particuliers en font un grand usage . Résultat: «Les concentrations urinaires de tous les métabolites [produits de dégradation mesures des pyréthrinoïdes étaient plus élevées que celles observées en Allemagne, au Canada et aux Etats-Unis», écrit l’inVS. La consommation de fruits et légumes est la source principale d’exposition, mais aussi l’ingestion de poussières contaminées pour les enfants et l’inhalation de l’air intérieur lors d’utilisation d’aérosols. Peu toxiques, les pyréthrinoïdes ont, en revanche, des effets perturbateurs sur le système endocrinien.

 

Les pesticides organophosphorés sont efficaces pour les insectes et les acariens. Leur usage s’est beaucoup réduit et a été très restreint au fil du temps. «Globalement, les concentrations urinaires de ces (…) métabolites (…) étaient en 2007 inférieures à celles de la population allemande (en 1998) mais supérieures à celles des Américains ou des Canadiens et similaires à celles de la population israélienne (pour les métabolites diméthylés)», écrit l’inVS. Tout en notant que des facteurs tels que l'âge et la corpulence semblent «influencer de façon importante les biomarqueurs urinaires», la proximité avec des vignes, ainsi que l’alimentation et l’usage d’insecticides dans le logement sont des facteurs importants d’exposition. Les animaux d’élevage sont également susceptibles d’être exposés, ces pesticides étant souvent utilisés pour désinfecter les bâtiments agricoles.

Viande et produits de la mer (qui ont une forte tendance à la bioaccumulation) sont deux voies d’exposition fortes. Un avis récent de l’Anses avait attiré l’attention sur les niveaux d’exposition élevés à deux pesticides de cette même famille -pyrimiphos-méthyl et chlorpyriphos-méthyl- détectés dans respectivement 20% et 13% des échantillons de céréales en France en 2010. «Ces deux insecticides (autorisés pour le stockage des grains de céréales récoltés), très fréquemment détectés, pourraient également être associés aux niveaux d’imprégnation en métabolites diméthylés d’organophosphorés mis en évidence. Cette hypothèse est d’autant plus réaliste compte tenu de la forte consommation de produits céréaliers en France», écrit l’inVS. L’intoxication chronique à ces substances peut conduire à des atteintes neurologiques et à une polyneutopathie. «Des effets sur la reproduction (toxicité testiculaire, malformations squelettiques dans la descendance d’animaux exposés) ont également été suggérés dans les études animales. Chez la femme enceinte, l’exposition aux organophosphorés ou à leurs métabolites a été associée à des perturbations ultérieures du développement de l’enfant», écrit l’inVS.

 

Les pesticides organochlorés ont été retrouvés en concentration relativement basses: «les concentrations sériques moyennes de DDT (insecticide efficace interdit en France depuis 1971) et de son métabolite le DDE dans la population française étaient voisines, voire plus faibles que celles signalées dans d’autres pays, notamment en Europe et en Amérique du Nord, et encore plus nettement inférieures à celles observées dans les pays d'Asie.» Une situation qui s’explique par l’interdiction déjà ancienne de la plupart des composés chlorés. Néanmoins, l’usage de certains chlorophénols –utilisés comme biocides- pose question.

La concentration de deux d’entre eux -2,5-DCP et 2,4-DCP- est respectivement 10 et 2 à 3 fois supérieure à celles observées dans la population générale allemande. Si l’un d’entre eux a été interdit en 2009, notamment comme désodorisant ou antimite, l’autre se retrouve lors du traitement de l’eau potable par le chlore. «Les chlorophénols peuvent être formés lors de la chloration de l'eau destinée à la consommation humaine et au cours des opérations de blanchiment de la pâte à papier. Ils sont produits également par la dégradation de pesticides dans le sol. La plupart des chlorophénols se retrouvent alors dans l'eau.» Les effets sanitaires de ces chlorophénols dépendent de leur degré de chloration.

 

Enfin, pour les PCB-NDL –pour polycholorobiphényles dit "non dioxin-like"– dont l’utilisation fut interdite en 1987, sa concentration sérique a été divisée environ par trois en 20 ans. Néanmoins, il reste qu’environ «13 % des femmes en âge de procréer (18-45 ans) et moins d'1% des autres adultes avaient en 2007 une concentration de PCB totaux supérieure aux seuils critiques proposés par l’Anses (700 ng/g de lipides pour les femmes en âge de procréer et 1 800 ng/g lip. pour les autres adultes)», note l’institut. Un ordre de grandeur identique aux concentrations observées dans d’autres pays d’Europe - bien que le plus souvent un peu supérieures- et en moyenne environ cinq fois plus élevés que ceux des populations d’Amérique du Nord (où la réglementation et le régime alimentaire diffèrent).

 

L’inVS conclut sur l’efficacité des mesures d’interdiction et de restriction d’usage pour les pesticides organochlorés. Il appelle à porter «une attention particulière (…) aux pesticides organophosphorés et aux pyréthrinoïdes pour lesquels les niveaux français semblent être parmi les plus élevés en référence à des pays comparables.»



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