Les Français s’adaptent à la chaleur

Le 02 juillet 2015 par Romain Loury
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Les Français mieux équipés?
Les Français mieux équipés?
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La population serait-elle en train de s’adapter au réchauffement climatique? Publiée dans la revue Environmental Health Perspectives (EHP), une étude française révèle que la température de mortalité minimale s’est élevée ces cinq dernières décennies, entraînée par la montée du mercure.

Lorsqu’on observe le taux de mortalité d’une population donnée, on s’aperçoit qu’elle suit une courbe en forme de U, ou de J, en fonction de la température: la mortalité s’élève aux extrêmes, qu’il s’agisse d’un grand froid ou d’une canicule. Et au centre, elle atteint un creux, que l’on appelle la température de mortalité minimale.

De manière logique, cet indice varie fortement d’une région à l’autre du globe. Selon de précédents travaux, elle se situerait autour de 16°C dans le nord de la Finlande, alors qu’elle atteindrait 24°C à Athènes. Et d’autres études ont révélé de fortes variations au sein d’un même pays, par exemple en Espagne ou aux Etats-Unis, en fonction de la température moyenne locale.

S’il existe des variations géographiques, la température de mortalité minimale évoluera-t-elle avec le réchauffement climatique en cours? Il semble bien que oui, comme le révèle l’étude publiée par Nicolas Todd et Alain-Jacques Valleron, de l’équipe «Epigénétique et environnement» (unité Inserm U1169, Inserm/CEA/Université Paris-Sud, Le Kremlin-Bicêtre).

A 18,2°C, le Français se sent bien

Particularité de l’étude, il s’agit de la plus grande et la plus complète jamais menée sur le sujet, incluant près de 16,5 millions de décès survenus en France métropolitaine entre 1968 et 2009 chez les plus de 65 ans. De plus, les chercheurs ont découpé l’ensemble de la métropole en carrés de 30 km de côté, couvrant ainsi tout le territoire métropolitain. Y compris les zones rurales, souvent laissées de côté dans ce type d’étude.

Constat majeur, la température de mortalité minimale a augmenté en France ces dernières décennies. Pour l’ensemble du pays, elle est passée de 17,5°C pour la période 1968-81 à 17,8°C pour 1982-95, puis à 18,2°C pour 1995-2009. De même, on n’observe plus que 15% de décès en plus à 25°C qu’à 18°C pour la période 1995-2009, contre 18% en 1968-81.

Or dans le même temps, la température estivale moyenne a grimpé de 1,6°C, atteignant 19,2°C pour la période 1995-2009 contre 17,6°C en 1968-81. Selon les calculs des chercheurs, toute hausse de 1°C de la température serait liée à une augmentation de 0,69°C de la température de mortalité minimale.

Pour les chercheurs, «ces résultats suggèrent que la population a effectivement été capable de s’adapter au changement climatique». De quoi atténuer un peu les effets des changements climatiques, dont on s’attend en toute logique à ce qu’il augmente la mortalité du fait de la chaleur. Interrogé à ce sujet par le JDLE, Alain-Jacques Valleron estime que «cette adaptation est tout à fait positive, mais [qu’]il est difficile de faire de bonnes prévisions» quant à ses effets futurs.

Des comportements qui évoluent

Quelle est la nature de cette adaptation? Pour le chercheur, «il est évident que ce n’est pas une adaptation biologique [des organismes], la période est trop courte pour cela». Selon lui, le phénomène s’expliquerait plutôt par des changements de comportement.

«Nous n’avons aucune preuve là-dessus, mais il est certain que les gens font beaucoup plus attention à la température, notamment aux risques liés aux grandes chaleurs. Il n’y a qu’à voir la communication assurée par les pouvoirs publics en temps de canicule», commente Alain-Jacques Valleron, qui évoque aussi l’arrivée de la climatisation.

En ce début d’été, la France traverse un épisode de canicule, avec 51 départements placés en alerte orange jeudi 2 juillet par Météo-France, ce à quoi s’ajoute une forte pollution à l’ozone. Plusieurs villes ont battu des records de température: Paris a ainsi atteint 39,7°C mercredi, un record depuis juillet 1947. Pour le ministère de la santé, «cette situation est appelée à durer et à s’étendre à de nouvelles régions du nord et de l’est du pays».

Si la mortalité liée à la chaleur devrait augmenter au cours du XXIème siècle, on en sait bien moins sur celle liée au froid. Dans son 5e rapport, le groupe d’experts international sur l’évolution du climat (Giec) estime qu’elle pourrait reculer dans certaines parties du monde. Publiée fin mai dans le Lancet, une étude britannique révèle au contraire qu’elle devrait peu changer: la raison en est que le froid extrême tue assez peu, bien moins que de longues périodes de froid modéré, qui persisteront avec le réchauffement.



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