Les Français consacrent toujours trop d’argent à réchauffer le climat

Le 01 octobre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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4 milliards d'euros sont consacrés chaque année à la rénovation des bâtiments.
4 milliards d'euros sont consacrés chaque année à la rénovation des bâtiments.
VLDT

En 2018, nous avons accru nos investissements en faveur des économies d’émissions de gaz à effet de serre. Ce qui ne nous empêche pas de consacrer plus d’argent aux équipements climaticides qu’à la neutralité carbone.

 

C’est une bonne nouvelle. En 2018, les Français ont augmenté leurs dépenses en faveur de la protection du climat. Entre 2017 et 2018, le montant des investissements favorables à la stabilisation du réchauffement ont progressé de 4,5 %, atteignant 45 milliards d’euros, fin 2018.

Ces investissements, indique la nouvelle mouture du Panorama des financements climat[1] publiée ce mardi 1er octobre par l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE), ont été réalisés par les ménages, les pouvoirs publics et les entreprises, dans le bâtiment (4 milliards pour la rénovation en 2018), les énergies renouvelables (5,4 milliards) ou la mobilité durable (5,8 milliards). Sans oublier les 2,2 milliards dédiés à la recherche. La transition énergétique concentre un douzième des investissements du pays. Pas terrible, si l’on considère que la lutte contre le réchauffement climatique doit être structurante pour notre économie, comme le rappelait récemment le Haut conseil pour le climat.

15 à 18 milliards en plus

De fait, confirme l’étude, nous ne consacrons pas assez d’argent pour atteindre nos propres engagements. «D’ici la fin du quinquennat il faudra investir entre 15 et 18 milliards d’euros supplémentaires chaque année pour engager le pays sur la trajectoire de la neutralité carbone. Et il ne suffira pas de mettre à disposition de nouvelles sources de financement: pour déclencher ces investissements, leur rentabilité et la réglementation sont déterminantes», souligne Maxime Ledez, chargé de recherche chez I4CE.

Priorités ciblées par l’I4CE: rénovation des logements, véhicules faiblement émetteurs de GES, énergies renouvelables, transports en commun et aménagements cyclables.

Achats massifs de SUV

A contrario, nous continuons de financer le renforcement de l’effet de serre. A commencer par l’achat massif de véhicules individuels très carbonés. La grande popularité des SUV et le développement des ventes de voitures à essence (l’une des conséquences du Dieselgate) ont accru les émissions de CO2 au km2 des voitures neuves mises sur le marché. En 2018, les Français ont acquis 40 fois plus de bagnoles à forte teneur en carbone que de véhicules bas-carbone.

Au total, les investissements en faveur d’équipements consommant des énergies fossiles ont dépassé les 67 milliards en 2018: 50 % de plus que pour le climat.

Et l’Etat dans tout ça?

Les rédacteurs du budget 2018 se montrent un peu plus vertueux que leurs concitoyens. Dans une autre étude[2], publiée avec le concours de l’Ademe, I4CE a réalisé une sorte de bilan carbone du budget de l’Etat. Les analystes ont identifié pas moins de 250 mesures ayant une influence sur nos émissions. Au crédit, «20 milliards d’euros pour aider les entreprises et les ménages à isoler leurs bâtiments, installer des énergies renouvelables ou accéder à une mobilité plus propre», résume Sébastien Postic, chef de projet chez I4CE. Au débit: 16 milliards d’euros de niches fiscales sur la taxation des énergies fossiles, qui bénéficient au transport aérien (4 milliards par an), aux entreprises de transport routier (1,5 milliard) ou maritime poids lourds, au BTP et aux agriculteurs (2,2 milliards à eux deux).

7% des impôts de l'Etat

A quelques jours de l’ouverture du débat parlementaire sur le projet de budget 2020, I4CE rappelle que le verdissement de la fiscalité est un levier pour améliorer notre performance climatique. Hors cotisations sociales, 7% des impôts de l’Etat (43 milliards en 2018) peuvent inciter ménages et entreprises à réduire leurs émissions. «Tout le monde se focalise sur la taxe carbone, mais ce n’est qu’une partie de l’enjeu, explique l'économiste Quentin Perrier. Il y a d’autres instruments qui peuvent être mobilisés pour réduire nos émissions. Le bonus-malus automobile par exemple, qui est à la fois efficace et bien accepté car très transparent : toutes les recettes du malus sur les véhicules polluants financent des aides à l’achat de véhicules moins polluants».



[1] Panorama des financements climat 2019.

[2] Une évaluation climat à 360° du budget de l’État.

 



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