Les forêts polonaises sous la coupe des bûcherons

Le 10 avril 2017 par Marine Jobert
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
La forêt de Bialowieza, dernière forêt primaire d'Europe.
La forêt de Bialowieza, dernière forêt primaire d'Europe.
DR

Une nouvelle loi permet de couper à peu près n’importe quelle parcelle sans autorisation, sans mesure environnementale et sans obligation de replanter après. Une mesure activement soutenue par un ministre de l’environnement hostile aux écologistes.

Józef vient de sauver ses feuilles, mais qu’en sera-t-il de ses camarades? A 650 ans, ce chêne polonais a reçu fin mars le prix de l’arbre européen de l’année, qui ne récompense pas la beauté, la taille ou l’âge des arbres, mais «leur histoire étroitement liée à celle des hommes». Or depuis le 1er janvier 2017, les Polonais vivent sous l’empire d’une réglementation «barbare», selon l’expression d’un défenseur de l’environnement. En résumé, les propriétaires de parcelles sont désormais dégagés de toute obligation de déclarer les coupes, de demander l’autorisation d’y procéder, d’indemniser les atteintes à l’environnement ou de replanter.

«Chaque jour, je circule dans Cracovie avec mon mari et mon fils pour chercher les lieux où des arbres ont été coupés et chaque jour nous en découvrons», raconte Cecylia Malik, fondatrice d’un groupe de femmes opposées à cette mesure. «Les femmes polonaises sur les souches» -c’est le nom de ce groupe- posent assises, au milieu de parcelles coupées à blanc, en train d’allaiter leur enfant.

Directive Habitats violée

Aucun chiffre officiel sur le nombre d’arbres passés à la tronçonneuse depuis trois mois n’existe –puisqu’aucune déclaration n’est obligatoire-, mais le téléphone d’associations comme Greenpeace Pologne ne cesse de téléphoner, rapporte The Guardian. «Partout dans le pays, les propriétaires et les autorités locales ont immédiatement abattu un nombre incalculable d’arbres. Rien n’a été épargné: arbres isolés, jardins et parcs publics, bords de rivière, zones à urbaniser, etc, rapporte l’association Forêts & Naturalité, qui suit pas à pas la situation sur place. La Pologne viole consciemment les lois européennes (en l’occurrence la directive Habitats) et la Commission l’a à nouveau menacée de sanctions, mais la procédure est lente et pendant ce temps-là les coupes se sont intensifiées!»

Le chêne baptisé Józef.

 

Une loi pour les bûcherons

Cette nouvelle faculté pourrait être désastreuse pour la nature en ville puisque, si les promoteurs ne peuvent directement couper les arbres d’un terrain qu’ils destinent à la construction, ils peuvent le revendre à un tiers, qui procèdera aux coupes et le leur revendra dans la foulée. «Légalement, rien ne peut les empêcher de le faire», dénonce Dagmara Misztela, de l’association ‘Gdzie Jest Drzewo’ (‘Nous sommes l’arbre’). Cette loi «profite directement aux bûcherons, vendeurs de bois et surtout aux promoteurs immobiliers qui dispose dorénavant de nouvelles zones défrichées où implanter des infrastructures», confirme Forêts & Naturalité.

Laisser faire vs intervention

Le responsable de cette frénésie, un homme: Jan Szyszko, ministre de l’environnement (sic!) et grand pourfendeur de tout ce qui ressemble à un mouvement écologiste. C’est lui qui est derrière les abattages massifs en forêt de Bialowieza, sur la frontière entre la Pologne et le Bélarus. Face à la présence d’insectes xylophages, deux conceptions s’affrontent: l’une qui prône un laisser-faire vigilant, l’autre qui soutient une intervention rapide et radicale de l’homme pour réguler le prédateur. C’est cette seconde approche qui prévaut, viennent de dénoncer Greenpeace Pologne et Dzika Polska dans un récent rapport.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus