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Les forêts françaises plus vulnérables que prévu face aux changements climatiques

Le 18 novembre 2011 par Geneviève De Lacour
D'ici 2050, la forêt française subira de profonds changements
D'ici 2050, la forêt française subira de profonds changements

Avec le réchauffement climatique, les forêts françaises souffriront rapidement du manque d'eau et devraient régresser dans certaines zones. Ces conclusions proviennent d’observations, de modélisations et d’expérimentations réalisées par un groupe de chercheurs qui ont présenté leurs résultats jeudi 17 novembre. Et selon eux, à l’horizon 2050, les changements du massif forestier français devraient être très profonds.

«Il y a 10 ou 15 ans, on pensait que l’impact du réchauffement climatique serait bénéfique à la forêt.» L’augmentation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère laissait présager un impact positif sur la croissance des arbres et un rendement plus important des massifs forestiers. Aujourd’hui, le constat des chercheurs est beaucoup moins optimiste. «Au mieux nous irons vers une stabilisation, au pire vers une diminution de la production de nos forêts», ont expliqué les scientifiques.

«Si la forêt est fortement atteinte par les changements climatiques, dans sa productivité et sa vitalité, alors son rôle atténuateur dans la lutte contre l’effet de serre s’en trouverait également amoindri», déclare Jean-Luc Peyron, du groupement d’intérêt public Ecofor qui anime des programmes de recherche sur les écosystèmes forestiers.

Les projets présentés hier se nomment Climator, Dryade, Drought+, ou QDiv. Ces 4 projets financés par l’Agence nationale de la recherche (ANR), pour un budget total de 2,326 millions d’euros, se sont attardés sur quelques espèces d’arbres communes en France, comme le chêne pédonculé, le chêne sessile ou vert, le hêtre ou du côté des résineux, les pins sylvestres, maritimes ou d’Alep le douglas, le sapin ou l’épicéa. Les scientifiques de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra), du CNRS et de plusieurs universités se sont intéressés aux effets de la sécheresse, du réchauffement et de l’augmentation de la concentration en CO2 dans l’atmosphère, éventuellement en interaction avec des insectes et d’autres champignons susceptibles d’être néfastes pour les arbres.

«Les observations et les modèles indiquent que les aires de répartition des arbres seront fortement modifiées par le changement climatique au cours du XXIe siècle.» Les études présentées lors de ce colloque n’avaient pas pour but de définir «la carte des forêts françaises de demain», mais bien de quantifier l’amplitude des changements rencontrés.

Les scientifiques affirment que les sécheresses seront de plus en plus sévères, longues et fréquentes. Certaines régions, notamment dans le Sud et le Sud-ouest, seront touchées dans un futur proche, vers 2050, mais la plupart seront concernées vers 2100.
Les espèces méditerranéennes, comme le chêne vert (Quercus ilex), devraient remonter vers le nord. Quant au pin sylvestre (Pinus sylvestris), l’espèce diminuera considérablement dans tout l'Ouest, voire disparaîtra, selon Paul Leadley du laboratoire d’écologie systématique et évolution (ESE) de l’université d’Orsay. L’augmentation des températures sera particulièrement néfaste pour cette espèce, impactant fortement la respiration de l’arbre. On observe d’ailleurs déjà, en Espagne et dans certaines régions du sud de la Suisse, une forte mortalité de ce pin.
 
Autre constat du chercheur: «En moyenne, les modèles prévoient une régression importante du hêtre en plaine d’ici 2055». Et Paul Leadley de préciser: «Pour certaines essences, la disparition semble quasi certaine, notamment pour celles de climat tempéré dans les plaines». L'aire des essences montagnardes devrait également se réduire.

Quels enseignements ont tiré les scientifiques des sécheresses de 2003 ou 2006? «Des arbres sont morts brutalement, mais cela n'a pas été le cas le plus courant», indique Nathalie Breda, directrice de l’UMR Ecologie et écophysiologie forestières à l’Inra. «Certains arbres se sont acclimatés, d'autres se sont affaiblis pour finir par dépérir après plusieurs années.»

Les chercheurs du CNRS de Montpellier ont décidé, pour le projet Drought+, de simuler la sécheresse en réduisant la pluie, de manière progressive ou brutale, et de regarder comment l'écosystème méditerranéen, particulièrement le chêne vert (Quercus ilex) et le pin d'Alep (Pinus halepensis), réagissaient. Ils ont constaté que si la dérive est lente, l'écosystème s'acclimate, avec une architecture des branches différente, et notamment moins de feuilles pour consommer moins d'eau.

«Mais les sécheresses devraient devenir plus fréquentes et brutales, ne laissant pas le temps aux arbres de se reconstituer, d'adapter leur système racinaire, d'ajuster la surface des feuilles», complète Nathalie Breda. «Sans compter que certaines zones sont plus vulnérables que d'autres et risquent de le devenir encore plus, avec des pressions sur une ressource plus rare.»
Lors des sécheresses de la dernière décennie, les arbres les plus fragiles ont été touchés par des maladies, comme l'oïdium du chêne, dont la fréquence augmente quand les hivers sont plus doux. Les populations de scolytes, des insectes qui s'en prennent aux épicéas, sapins ou pins maritimes, explosent après des étés très chauds. «Les insectes se font alors les fossoyeurs des arbres affaiblis», précise la directrice de recherche de l’Inra.
 
Les scientifiques ont également évoqué les conclusions du dernier rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec), publié aujourd’hui 18 novembre, qui affirme que le réchauffement climatique devrait accélérer les événements climatiques extrêmes (voir JDLE). Ces tempêtes plus fréquentes auront un impact plus important sur des massifs forestiers qui, au cours des 150 dernières années, ont beaucoup augmenté en densité. Si la mortalité naturelle des arbres est de 0,4%, ce taux peut fortement augmenter en période de crise post-sécheresse.
 
Les forestiers devront donc s'adapter en fonction des espèces, de la région et du milieu local. Pour les aider, l'Institut de développement forestier (IDF) a publié en 2010 un «guide de gestion des forêts en crise sanitaire». Un Livre vert propose des pistes. Un réseau rapprochant les chercheurs et les différents gestionnaires de la forêt -le RTM Aforce- a également été mis en place.
L'Inra prépare un programme sur l'adaptation de la sylviculture au changement climatique. Enfin, un colloque international sur les forêts et les changements climatiques se tiendra à Tours en mai 2012.
 
http://www.inra.fr/presse/foret_et_changement_climatique__1
 

http://www.ipcc-wg2.gov/SREX/

 

 
 


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