Les fonds ISR sont-ils vraiment responsables ?

Le 30 septembre 2010 par Célia Fontaine
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Les Amis de la terre ont publié le 20 septembre un rapport intitulé « Investissement socialement responsable (ISR) : l’heure du tri ». Le document analyse la composition des fonds dits « éthiques ». Selon l’association, il y aurait un grand écart entre la promesse des intitulés et la réalité des faits. «  Ces fonds sont en effet investis dans des entreprises multinationales ayant des pratiques sociales et environnementales désastreuses », indique-t-elle.

La démarche ISR consiste à choisir d’investir dans des entreprises qui prennent en compte dans leur modèle de développement des notions qui ne sont pas uniquement financières mais de nature sociale et environnementale. En 2009, en France, les fonds [1] ISR représentent 50,7 milliards d'euros. Ce chiffre est en constante hausse. «  Entre 2008 et 2009, le volume des encours ISR a augmenté de 70 %, représentant ainsi 1,9 % des actifs sous gestion en France », relève l’association. Les fonds ISR peuvent être investis sur le marché des actions, le marché obligataire et/ou le marché monétaire.

Les Amis de la terre ont analysé 89 de ces fonds. Pas moins de 71 contiennent dans leurs portefeuilles d’actifs au moins 1 des 15 entreprises considérées comme « controversées » par des ONG reconnues (et dont les frasques ont été reprises par les médias et/ou les pouvoirs publics).

Le profil des 15 entreprises montrées du doigt est varié. Trois sont des sociétés financières (AXA, BNP Paribas et Deutsche Bank), qui ont été «  impliquées dans le financement de projets et/ou la détention d'actions d'entreprises controversées ». Cinq énergéticiens ont également été retenus : Total, BP et Royal Dutch Shell, sociétés pétrolières multinationales, «  notamment responsables de dégradations environnementales majeures » ; quant à Areva et GDF Suez, «  le mépris des populations locales des pays dans lesquels ils interviennent est avéré ». Les sept entreprises restantes mènent indifféremment des politiques managériales et sociales «  inhumaines » (France Telecom), participent à des projets industriels «  scandaleux » (Andritz, Rio Tinto) ou commercialisent des produits «  menaçant la biodiversité et la souveraineté alimentaire » (Bayer).

Alors comment ces entreprises, souvent des multinationales, ont-elles pu bénéficier du label ? L'ISR s'est développé de façon «désordonnée», explique le rapport, qui souligne qu’il n’en existe aucune définition légale. Le code de transparence proposé par l'Association française de gestion financière (AFG) et le Forum pour l'investissement responsable (FIR) applicable pour les fonds ISR ouverts au public «  n'a de caractère obligatoire que pour les membres de l'AFG », rappelle le document.

En outre, «  la notation extra-financière, telle que pratiquée par Vigeo (agence de notation), est défaillante », explique Soisic Rivoalan, rédactrice du rapport. Un exemple : juste avant la marée noire du golfe du Mexique, certains reportings extra-financiers n’hésitaient pas à souligner, à propos de BP, « une volonté de réduire son impact environnemental », et l’existence « d’une démarche active en gestion de la sécurité ».

L'information extra-financière fournie par ces entreprises est donc insuffisante et de mauvaise qualité. L’ONG demande la mise en place d'un encadrement juridique contraignant de l'activité des firmes multinationales.

De manière générale, les gestionnaires de fonds socialement responsables se contentent d'exclure de leurs univers d'investissement les entreprises «  violant de façon avérée les principaux traités internationaux ». Les exclusions sectorielles concernent les secteurs du tabac, de l'alcool, de la pornographie et de l'armement. Ce n’est pas suffisant, considère l’ONG. Il faudrait également exclure pétrole et gaz, secteur minier, barrages, nucléaire, agrocarburants, mono-cultures à grande échelle, OGM, etc.



[1] Ces fonds intègrent des critères sociaux et environnementaux d’évaluation d’une entreprise cotée qui sont croisés avec des critères financiers pour sélectionner dans un portefeuille les entreprises les plus performantes d’un point de vue développement durable.



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