Les filtres à particules, pas si écolos que ça?

Le 17 octobre 2006 par Claire Avignon
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Les ministères en charge de l’environnement, de la santé, et du travail ont saisi l’Afsset concernant l’impact sanitaire des filtres à particules. En réduisant la teneur en particules fines, la technologie augmenterait de manière importante les émissions de NO2.

Le remède serait-il pire que le mal? C'est la question que se posent actuellement les pouvoirs publics concernant les filtres à particules (Fap). Cette technologie permet de se débarrasser de la grande majorité des particules fines, ces polluants considérés actuellement par la plupart des chercheurs comme les plus dangereux pour la santé humaine. Pour les constructeurs automobiles, les Fap sont la solution pour imposer définitivement les moteurs diesel comme propres.

Mais des études américaines et européennes jettent le doute. Certains filtres à particules oxyderaient les molécules NO produites par la combustion en molécules NO2. Résultat: la somme des deux types de gaz, connue sous la formule NOx, serait la même qu'en l'absence de Fap, mais le nombre de NO2 augmenterait tandis que celui de NO diminuerait. Or, les NO2 sont soupçonnés d'avoir des effets sur la santé, principalement sur la capacité respiratoire des enfants.

Dans un rapport datant d'août 2006, le ministère britannique chargé de l'environnement (Defra) émet l'hypothèse que l'équipement de filtres à particules (1) sur les bus londoniens «est une cause plausible de ce qui a été observé à Londres», à savoir la hausse du ratio NO2/NOx de 10% en 2002 à 15% en 2005.



Le programme de recherche Primequal a obtenu des résultats similaires. «En suivant un bus dit propre –c'est-à-dire équipé d'un filtre à particule avec catalyse d'oxydation-, un conducteur peut être exposé au NO2 à hauteur de une partie par million (ppm)», explique Jean-Paul Morin, chercheur à l'Inserm et participant à Primequal. Un chiffre proche de la valeur limite d'exposition professionnelle établie à trois ppm.

«On nous a en effet demandé de travailler sur ce sujet», confirme Christian Elichegaray, président du comité d'experts spécialisés dans l'évaluation des risques liés aux milieux aériens pour l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset), et chef du département air de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). Mais pour lui, il faut rester prudent. «Jusqu'ici, de nombreuses études montrent que le problème sanitaire n°1 est celui des particules fines, pas des NO2, continue-t-il. Les effets à long terme de ces dernières n'ont été observés que chez les animaux.»

Mais selon Jean-Paul Morin, également membre du comité d'experts spécialisés de l'Afsset sur l'air, les travaux scientifiques ne sont pas aussi clairs qu'il y paraît. «Les émissions de particules fines et de NO2 sont étroitement corrélées, explique-t-il. Ainsi, il est difficile de savoir laquelle des deux types de molécules a le plus d'impact sur la santé.»

La saisine comprend de nombreuses demandes, qu'il s'agisse d'analyser les données bibliographiques, de comparer l'impact des émissions de NOx et le rapport NO2/NOx des différentes technologies de Fap, ou encore d'évaluer spécifiquement les risques pour les travailleurs exposés aux polluants, à l'instar des conducteurs de bus, particulièrement exposés.

«C'est une saisine extrêmement riche, qui interagit avec de nombreuses réglementations européennes en cours d'élaboration, estime Michèle Froment-Védrine, directrice générale de l'Afsset. Il n'est pas sûr que nous puissions répondre à toutes les interrogations ministérielles, notamment parce qu'il sera difficile d'obtenir certaines données de la part des industriels.»



(1) continuously regenerating trap




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