Les filets dérivants bientôt interdits dans l’UE

Le 16 mai 2014 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Les cétacés, victimes des filets dérivants
Les cétacés, victimes des filets dérivants
DR

La Commission européenne propose une interdiction totale des filets dérivants à partir du 1er janvier 2015 dans l’UE, en raison d’abus persistants, selon une proposition de règlement publiée mercredi 14 mai.

Apparus à la fin des années 1970, les grands filets dérivants, d’une longueur de plusieurs kilomètres, se sont rapidement révélés un désastre pour la faune marine, en particulier pour les espèces protégées, telles que cétacés, tortues de mer et requins. Ce qui a conduit l’UE à interdire ceux de plus de 2,5 km à partir de 1992, puis tous les filets, quelle que soit leur taille, à partir de 2002. Du moins pour la pêche des grands migrateurs (thon, espadon).

Bien que louable, cette restriction a laissé la porte ouverte à de nombreux abus, comme l’explique la Commission en préambule de sa proposition. Selon elle, ces règles se sont révélées «aisément contournables», notamment en raison du flou qui demeure quant à la définition de filet dérivant. Entre autres exemples, la France a été condamnée en 2009 par la Cour européenne de justice pour sa pêche à la thonaille, un filet que le pays refusait, à tort, de considérer comme de type dérivant.

Autre faille, rien n’empêche un pêcheur de se servir d’un filet dérivant pour capturer du thon, tout en assurant, une fois à terre, l’avoir pêché avec un autre engin présent à bord. «Les petits filets dérivants sont encore autorisés et les lacunes dans la législation de l’Union facilitent leur utilisation illégale. C’est pourquoi les autorités de contrôle éprouvent de grosses difficultés à obtenir des preuves solides d’activités illégales et à faire respecter la réglementation», admet la Commission.

D’où sa proposition d’interdire purement et simplement les filets dérivants, quelle que soit leur taille, quelle que soit l’espèce pêchée. En Europe, une telle prohibition totale est déjà en vigueur dans la mer Baltique depuis 2008. Si le texte était accepté par le Parlement européen, il empêcherait aussi bien leur utilisation que leur détention à bord d’un navire de pêche.

Une définition moins floue

Et afin d’empêcher tout nouvel épisode du type «thonaille», la Commission propose une définition plus précise du filet dérivant. Selon celle-ci, «on entend par ‘filet dérivant’ un filet composé d’une ou de plusieurs nappes de filets, accrochées ensemble et en parallèle à la ou aux ralingues [1], maintenu à la surface de l’eau ou à une certaine distance en dessous de celle-ci grâce à des flotteurs, qui dérive librement avec le courant ou avec le bateau auquel il peut être attaché. Il peut être équipé de dispositifs destinés à le stabiliser ou à en limiter la dérive comme une ancre flottante ou une ancre posée sur le fond et fixée à une seule extrémité du filet».

Du côté des associations, on se montre très satisfait de cette interdiction enfin sans ambiguïté, «étant donné l’usage continu des filets dérivants pour pêcher du thon rouge de l’Atlantique, en particulier dans l’UE», rappelle Amanda Nickson, qui dirige la division «protection mondiale du thon» de Pew Charitables Trust. «La Commission n’a pas pris sa décision à la légère, et même si celle-ci ne mettra pas fin à la pêche illégale du thon de l’Atlantique Est, elle constitue un pas dans la bonne direction», ajoute-t-elle interrogée par le JDLE.

Pour Amanda Nickson, «il existe de nombreuses preuves de contournement de la loi actuelle pour le thon, notamment en Italie». Selon la Commission, l’ensemble des activités de pêche au filet dérivant menées par les navires italiens s’élèveraient en effet à 22%. Toutefois, «l’importance économique des filets dérivants est faible à l'échelle nationale: 0,8% de la valeur et 1,3% du poids des débarquements».

[1] La ralingue est la corde qui renforce le filet, à son extrémité supérieure ou inférieure.



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus