Les feuillus ont leur parc national

Le 08 novembre 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
Le parc national de forêts s’étend sur plus de 241.000 hectares.
Le parc national de forêts s’étend sur plus de 241.000 hectares.
VLDT

Après une décennie de concertation, le gouvernement a officialisé, le 7 novembre, la création du Parc national de forêts en Champagne et en Bourgogne, le onzième parc national tricolore.

 

Le Grenelle Environnement bouge encore ! Douze ans après sa clôture, cette conférence inédite produit toujours ses effets. Dernier exemple en date: la publication, jeudi 7 novembre, du décret officialisant la création du parc national des forêts en Champagne et en Bourgogne.

La nouvelle n’est pas tout à fait surprenante. Dès 2007, le Grenelle Environnement avait conclu à la nécessité de compléter le réseau actuel par parcs centrés sur des écosystèmes peu représentés dans les parcs nationaux existants, à commencer par la forêt feuillue de plaine. Ainsi est né le projet du 11e Parc national français.

plus sites en compétition

Plusieurs sites étaient en concurrence: des forêts situées dans la Meuse, en Moselle et le massif de forêts de feuillus, situé entre les départements de la Côte-d’Or et de la Haute-Marne. C’est ce dernier qui sera choisi par le gouvernement en juillet 2009.

Le territoire nouvellement protégé s’étend sur plus de 241.000 hectares englobe 127 communes, peuplées de 28.000 habitants. Les massifs forestiers occupent plus de la moitié de la superficie totale. Plus de 80% d’entre elles existaient déjà sous la révolution !

Elles sont représentatives des forêts feuillues des plateaux calcaires du nord-est de la France. Cette immensité forestière offre une grande variété de biotopes et confère une forme de pérennité à l’ensemble des écosystèmes forestiers. «La permanence de l’état boisé avérée depuis plusieurs siècles est source à la fois de préservation d’une biodiversité singulière et de vestiges archéologiques, de l’essor d’une économie locale centrée sur la gestion forestière et la valorisation des ressources naturelles ainsi que des liens étroits entre les habitants et leur environnement boisé», rappelait le dossier de préfiguration.

Le périmètre du parc

Le territoire du Parc national des forêts se distingue par la densité des milieux rocheux et éboulis, rares en plaine. Ces milieux servent de refuges à de nombreuses espèces. Dans les espaces prairiaux, les faciès inondables et secs sont particulièrement remarquables. Les pelouses sèches hébergent une biodiversité singulière, avec des espèces à affinité allant du méditerranéen au montagnard. Autre spécificité: la présence significative de prairies permanentes, dont certaines très anciennes.

Enfin, l’espace-parc se distingue des régions voisines et du reste de la plaine française, par une biodiversité liée à des espèces et habitats frais à froids. Bien qu’elles ne comptent pratiquement pas d’endémiques, beaucoup de ces espèces et de ces milieux sont isolés du reste de leur aire de répartition.

Berceau des Templiers et d'ordres monastiques comme les Cisterciens, la région fut aussi marquée par la métallurgie au XIXe siècle. Des abbayes (comme de Longuay), d'anciennes forges et de nombreux vestiges archéologiques font partie du patrimoine protégé. Si ces activités ont aujourd’hui disparu, le parc devra cohabiter avec les agriculteurs, forestiers et chasseurs.

observer l'ensauvagement

Le Groupement d'intérêt public (GIP) a ainsi accepté de réduire d’un quart la zone cœur de parc où les activités humaines sont très règlementées. «On a cherché le point d'équilibre» entre protection environnementale et activités humaines, qui continueront d'être pratiquées mais seront encadrées, indique à l’AFP Hervé Parmentier, directeur du GIP.

Rien en revanche ne sera possible dans les 3.100 hectares de la réserve intégrale. Située en forêt domaniale d’Arc-Châteauvillain (nord du parc), sera interdite à tout non scientifique. L’objectif poursuivi par le GIP étant de voir comment un espace forestier façonné par l’homme retourne à l’état sauvage. Une première européenne.

En rose, l'emplacement probable de la réserve intégrale

Les territoires du cœur et de la réserve intégrale seront définis, en 2020, par décret. Les communes concernées disposeront de quatre mois pour adhérer - ou non - au parc, qui génèrera 30 emplois directs et disposera d'un budget de 3 à 3,5 millions d'euros.

Selon Hervé Parmentier, les trois quarts des communes ont fait part de projets liés au parc, notamment  touristiques. Objectif: passer de 30.000 à au moins 100.000 visiteurs annuels en deux à trois ans.  Pour y parvenir, il faudra créer des infrastructures, «notamment des hébergements», prévient Philippe Gillot, directeur de l'office de tourisme du pays de Langres.

De leur côté, agriculteurs et producteurs de bois sont circonspects. «Les agriculteurs ont eu l'impression de ne pas avoir été écoutés», estime Thierry Ronot, éleveur laitier à Lucey et représentant local de la FNSEA. Les exploitants forestiers s'inquiètent d'une perte qu'ils estiment entre 20 à 25% du volume de bois exploitable dans les forêts domaniales, notamment dans la réserve intégrale.



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus