Les fenêtres ouvertes, mieux que les épurateurs d’air intérieur ou les sprays

Le 18 octobre 2017 par Marine Jobert
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Ne pas polluer son intérieur reste l'idéal.
Ne pas polluer son intérieur reste l'idéal.
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L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) publie un avis fort attendu sur l’efficacité des épurateurs d’air intérieur. Conclusion: non contents d’être peu efficaces contre les polluants qu’ils prétendent éliminer, certains dispositifs rajoutent des molécules à une ambiance intérieure déjà très toxique.

Ouvrir les fenêtres, asperger sa chambre d’un spray assainissant ou acheter un épurateur d’air intérieur? Après une étude de marché, une analyse des techniques disponibles et un tour d’horizon de la littérature scientifique, l’Anses publie un avis qui va permettre de faire un choix en connaissance de cause. Car, parallèlement aux inquiétudes sur les conséquences sanitaires de la pollution d’intérieurs où nous passons 80% de notre temps, un marché de l’épuration domestique a vu le jour, qui génère aujourd’hui un chiffre d’affaires annuel de 170 millions d’euros. En quelques années, trois familles ont émergé: les dispositifs qui détruisent ou piègent les polluants, les matériaux de construction ou de décoration qui revendiquent des propriétés dépolluantes et les sprays qui vantent leurs propriétés assainissantes.

Polluants épurateurs

Sans en faire mystère, l’agence semble peu convaincue par ces dispositifs: «Pour prévenir des risques liés à une mauvaise qualité de l’air intérieur, il convient en premier lieu de limiter toutes les sources de pollution pouvant affecter la qualité de l’air intérieur [et de] ventiler et aérer.» Pire, certains dispositifs rajoutent des polluants à un air déjà fort chargé (voir encadré), prévient l’Anses, qui préconise d’informer la population des risques potentiels d’une dégradation de la qualité de l’air intérieur lors de l’utilisation de certains appareils d’épuration. Avis aux asthmatiques, friands de dispositifs utilisant des huiles essentielles ou pouvant générer de l’ozone.

Polluer en dépolluant, c’est possible! Plusieurs cas de figure… Le dispositif produit, intentionnellement ou non, des émissions primaires (exemple: ozone émis par les ozonateurs, mais également par les plasmas). Ou des sous-produits liés à la dégradation incomplète des polluants se forment (exemple: formation de formaldéhyde du fait d’une dégradation incomplète de l’éthanol par photocatalyse). Autre cas de figure: la formation de polluants secondaires liée aux interactions entre les substances générées par l’épurateur et les polluants présents dans les environnements intérieurs (exemple: formation de particules secondaires du fait de réactions entre de l’ozone émis par un épurateur à plasma et des terpènes présents dans l’air intérieur). Ou encore des émissions secondaires peuvent être liées aux interactions physiques, chimiques ou biologiques entre les polluants piégés dans l’épurateur et des polluants de l’air intérieur (exemple: réactions de polluants de l’air intérieur avec de l’ozone piégé dans le filtre à charbon actif).

 

 

Manque d’études scientifiques

Les revendications d’efficacité sont assez hétérogènes et peuvent cibler une substance spécifique ou un mélange de polluants. Elles portent principalement sur les composés organiques volatils (COV) (75%), les virus, bactéries et moisissures (68%), les particules (58%) et les allergènes (pollens, acariens) (54%). Certaines concernent plus génériquement la fumée de cigarette, les odeurs, ou «les polluants de l’air». Autant d’effets qui sont pour ainsi dire impossibles à étayer, constate l’Anses, puisqu’il existe à ce jour «peu d’études sur les effets, bénéfiques ou délétères, sur la santé à court terme associés à l’utilisation d’épurateurs d’air, et qu’aucune étude sur les effets à long terme n’a été identifiée dans la littérature scientifique».

Certifier un marché déjà touffu

Avec près de 500 dispositifs déjà disponibles sur le marché, l’Anses considère comme indispensable de mettre en place une certification de chaque dispositif qui revendique une épuration de l’air intérieur. Avec en ligne de mire: l’efficacité du dispositif à réduire le ou les polluant(s) visé(s), les émissions de polluants liées au fonctionnement du dispositif, les émissions de sous-produits, issues de la dégradation incomplète de polluants, les réactions des émissions du dispositif avec des polluants présents dans l’environnement intérieur, et les effets du vieillissement du dispositif sur l’efficacité et l’émission de polluants et de sous-produits de dégradation. Enfin, insiste l’agence, les essais devront être conduits dans les conditions les plus proches possibles de conditions d’utilisation du produit, dans différents environnements ciblés.

Nano à surveiller dans l’air

L’Anses ne s’étend pas sur les sprays assainissants, qui feront dans les années à venir l’objet d’une évaluation dans le cadre de l’implémentation du règlement européen sur les produits biocides, mais rappelle l’existence de deux études récentes pointant des émissions de COV à des niveaux préoccupants, comme le relevait le magazine 60 millions de consommateurs. L’agence attire aussi l’attention sur la possibilité de retrouver des nanoparticules dans l’air générés par les matériaux photocatalytiques, notamment lors de leur vieillissement. Même si deux études publiées sur le sujet n’en ont pas identifiées, des résultats récents du projet de recherche IMP-AIR[1] (CSTB, CEA), financé par le programme Primequal, soulignent que l’abrasion des surfaces nano-additivées des matériaux photocatalytiques peut produire des particules nanométriques, «sans qu’aucune conclusion sanitaire ne puisse être tirée à ce stade».

 


[1] ‘Impact des matériaux photocatalytiques sur la qualité de l'air des environnements intérieurs’

 

 


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