Les étudiants attendent toujours leurs cours sur le climat

Le 27 mars 2019 par Stéphanie Senet
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11% des formations proposent un cours dédié aux enjeux du climat et de l'énergie
11% des formations proposent un cours dédié aux enjeux du climat et de l'énergie

 

L’enseignement supérieur n’a pas pris au sérieux la question climatique, montre un rapport publié le 25 mars par le Shift Project.

 

Le climat fait descendre les étudiants dans la rue mais ne fait pas bouger les programmes. C’est ce que révèle l’étude du Shift Project, groupe de réflexion spécialisé dans la transition énergétique, basée sur 34 établissements[1] de l’enseignement supérieur. Ainsi, 11% seulement des formations proposent un cours obligatoire dédié aux enjeux du changement climatique et de l’énergie. Et les deux tiers d’entre elles les proposent tard: il faut attendre le niveau master pour qu’il soit au programme. Pourtant, le premier sommet de la Terre réunissant les chefs d’Etat du monde entier à Stockholm autour des problèmes environnementaux remonte à 1972! La Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (CNUCC) a été lancée en 1992… Plus proche de nous, l’Accord de Paris stipule, en son article 12, que les pays doivent prendre des «mesures pour améliorer l’éducation, la formation […] compte tenu de l'importance que revêtent de telles mesures pour renforcer l'action engagée au titre du présent accord».

Les écoles d’ingénieur en tête du palmarès

Curieusement, les écoles de commerce sont parmi les plus concernées. 54% d’entre elles proposent à leurs étudiants d’étudier les enjeux du changement climatique contre 48% des écoles d’ingénieur et 8% des universités. A un détail près: elles ne sont que 6% à rendre cette formation obligatoire, contre un quart des écoles d’ingénieur.

Quasi-absence jusqu’à la terminale

Le Shift Project s’est aussi intéressé à l’enseignement primaire et secondaire, qui s’est ouvert à l’éducation à l’environnement dès les années 1970. Résultat: celle-ci reste fragmentée, manque de cohérence et échoue à s’inscrire dans un projet éducatif global, qu’il s’agisse d’environnement ou de climat. Dans une tribune publiée en décembre dernier, des scientifiques et climatologues français notaient la quasi-absence du dérèglement climatique avant la terminale et appelaient à mieux informer les élèves à ces enjeux de société.

Pourtant, l’objectif existe bel et bien sur le papier. Récemment publié, le PNACC 2[2] 2018-2022 stipule que: «les problématiques scientifiques, pédagogiques et civiques liées au changement climatique, dont celle de l’adaptation, seront prises en compte par l’Ecole dans le cadre des évolutions des programmes d’enseignement, dans la formation des enseignants et des personnels d’encadrement, dans la production de ressources pédagogiques disciplinaires, interdisciplinaires et transversales, dans la mise en œuvre de projets pédagogiques dans les écoles et les établissements scolaires».

Kesako?

Ces lacunes génèrent des conséquences fâcheuses, comme de mauvais arbitrages, par les 15-30 ans, sur les actions à mener pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. 46% d’entre eux donnent ainsi priorité à l’essor des énergies renouvelables contre 15% seulement à une meilleure isolation du logement. Insuffisant, si l’on veut drastiquement réduire les émissions du secteur du bâtiment.

Environnement versus climat

A l’inverse, les formations spécialisées en environnement ont fleuri sur le territoire, avec 1.168 diplômes recensés pour l’année scolaire 2014-2015: 200 de plus qu’en 2008, en particulier dans les domaines de la maîtrise de l’énergie et des énergies renouvelables.

L’Etat doit revoir sa copie

Pour améliorer l’empreinte climatique de l’Education nationale, le think tank réclame une stratégie nationale digne de ce nom. Objectifs: favoriser la formation des enseignants, le partage des supports pédagogiques, l’identification des besoins des entreprises dans la décarbonation de l’économie, et l’intégration des enjeux climatiques dans les concours... La parole est au ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation.



[1] 12 écoles d’ingénieur, 6 écoles de commerce, 4 universités, 6 écoles de hauts fonctionnaires et 6 autres établissements

[2] 2ème plan national d’adaptation au changement climatique



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