Les éthers de glycol en procès

Le 04 janvier 2005 par Loïc Chauveau
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Claire Naud, ouvrière dans un atelier de sérigraphie, a attaqué lundi 3 janvier son employeur et des fabricants d’éther de glycol pour avoir été exposée à ces produits pendant sa grossesse. Le collectif «pour l’interdiction des éthers de glycol» en profite pour dénoncer l’utilisation de ces produits dans les PME.

Les éthers de glycol sont des solvants utilisés dans les peintures, les vernis, les encres, les liquides de refroidissement, les médicaments et les produits de beauté. Ce n'est qu'au début des années 1980 que des études montrent que les éthers issus de l'éthylène glycol (la série E) sont toxiques pour le système reproducteur humain. Ils provoquent une baisse de la fertilité masculine et des malformations pour les foetus: «Un million de travailleurs étaient exposés en France dans les années 1980 et un nombre encore plus grand de consommateurs, via les produits domestiques ou les médicaments anti-acné, aux éthers de glycol de la série E les plus toxiques pour la reproduction», assure André Cicolella, chercheur à l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris).

Au début des années 1990, quatre éthers de glycols (EGME, EGMEA, EGEE, EGEEA) ont été classés toxiques pour la reproduction. Ce qui ne signifie pas qu'ils sont interdits dans le milieu professionnel. Dans l'industrie, ce classement se traduit par une obligation d'étiquetage avec les phrases de risque R60 et R61: «peut altérer la fertilité» et «risques possibles pour la santé de l'embryon»: «L'utilisation dans les usages professionnels est donc aujourd'hui encore toujours sans limitation, dénonce André Cicolella, membre par ailleurs du collectif pour l'interdiction des éthers de glycol. Les valeurs limites professionnelles recommandées correspondent à des niveaux de risque élevés.»

Fondé en 1998, le collectif regroupe l'association des accidentés de la vie (Fnath), l'Association des victimes des éthers de glycol (Aveg), la Confédération CGT, la fédération chimie-énergie de la CFDT, la Fédération nationale de la mutualité française (FNMF), la Fédération des mutuelles de France (FMF) et le Syndicat national professionnel des médecins du travail (SNPMT). Il s'attaque aujourd'hui à l'utilisation des éthers de la série E dans les PME et les très petites entreprises: «Dans les grandes entreprises, la substitution des éthers de la série E vers la série P (issus du propylène glycol, donc moins toxiques) est en cours ou achevée, assure Arnaud de Broca à la FNTH. L'exemple le plus important est celui de la RATP où une étude montre que les anomalies sur la fertilité humaine disparaissent après 1995, année de suppression de la série E dans les ateliers.» Le problème se déplace donc vers de plus petites entreprises.

La production de la série E s'est pourtant effondrée. L'un des principaux producteurs, le pétrolier Shell, a annoncé par voie de presse en 2001 qu'il n'en fabriquait plus. 135 tonnes de série E ont été fabriquées l'an dernier soit 5% du volume de 1993: «Mais ces éthers continuent d'être employés dans les garages, les petites imprimeries, les ateliers de sérigraphie, etc., poursuit Arnaud de Broca. On écoule les stocks et ce n'est pas bon pour les salariés.» Le collectif poursuit donc son combat pour une interdiction totale. La commission des affaires économiques du Sénat a décidé le 14 décembre dernier de saisir l'office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques sur le sujet. Le collectif espère qu'il s'agit d'un premier pas vers l'adoption d'une loi.




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