Les Etats-Unis sur la voie de la géo-ingénierie

Le 25 octobre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Quoi de mieux que des flottes de navires autonomes pour blanchir les nuages océaniques ?
Quoi de mieux que des flottes de navires autonomes pour blanchir les nuages océaniques ?
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L’Académies des sciences US demande le lancement d’importants programmes de recherches sur ces techniques controversées.


Les scientifiques américains ont bien lu le dernier rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Pour pouvoir stabiliser le réchauffement à 1,5°C, les climatologues estiment qu’en complément de très fortes mesures d’atténuation (baisse radicale et rapide de la consommation d’énergies fossiles, par exemple), il faudra extraire le CO2 superflu de l’atmosphère, voire rafraîchir artificiellement le climat. Encore expérimentales, ces techniques de géo-ingénierie ont du potentiel.

Selon le Giec, la valorisation énergétique de la biomasse avec captage-stockage de CO2 (BEECS) et l’aspiration directe (DACCS) pourraient, chacune, extraire une demi-douzaine de milliards de tonnes de CO2 par an: deux fois mieux que de replanter massivement des forêts.

efficacité, gouvernance, financement

Elles soulèvent aussi bien des questions: efficacité, gouvernance, financement. Sans oublier les effets collatéraux, comme pour l’anoxie des océans imputable à la fertilisation des mers. De plus, elles n’apportent rien pour réduire les causes ni certaines des conséquences de l’accroissement des concentrations de gaz à effet de serre, comme l’acidification des mers. Qu’importe!

Pour les scientifiques américains, il n’est pas question d’attendre. Dans deux rapports, mis en ligne mercredi 24 octobre, les académies américaines des sciences, de l’ingénierie et de médecine estiment nécessaire le lancement prochain de programmes de recherche sur la géo-ingénierie, «aussi tôt que possible».

plus fort que le soleil?

Possiblement bonne pour le climat, ces recherches seraient aussi l’occasion de dynamiser l’investissement dans de nouvelles technologies, de déposer moult brevets et de renforcer le leadership américain en la matière, écrivent les académiciens.

Ces derniers prônent aussi l’expérimentation de techniques de gestion du rayonnement solaire (SRM). Derrière ce concept abscons, une idée: empêcher que l’énergie solaire ne réchauffe l’atmosphère, phénomène naturel nullement en cause dans le renforcement de l’effet de serre.

Plusieurs systèmes sont envisagés: la brumisation de la haute atmosphère par des particules de sulfate (de façon à reproduire à volonté les effets rafraîchissants des émissions de poussières des volcans), le blanchiment de certains nuages (pour augmenter l’albédo), voire l’envoi dans l’espace de grands miroirs pour détourner vers l’espace une partie des photons.

Last but not least: les scientifiques tentés par ces solutions pourront compter sur l’appui financier de plusieurs fondations privées américaines très portées sur ce scientisme extrême.

Gaspillage européen. Au début du siècle, l’Europe était en tête dans le développement des technologies permettant d’envoyer le CO2 industriel à grande profondeur: le stockage géologique du carbone. L’Union européenne avait même prévu le déploiement de 12 unités de taille industrielle de captage-stockage (CSC) vers 2015. Ce mardi, la Cour des comptes européenne a évalué l’efficacité des programmes PEER, NER 300 qui soutenaient la réalisation de cet objectif. Mauvaise pioche: si 424 M€ de fonds européens ont bien été versés aux industriels, aucune des installations prévues n’a été mise en service.


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