Les Etats-Unis à la croisée des chemins

Le 03 novembre 2008 par Hélène Crié-Wiesner
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
maison blanche
maison blanche

Sur le front de l’énergie et du climat, le futur locataire de la Maison blanche pourra difficilement être pire que son prédécesseur. A la veille de l’élection présidentielle aux Etats-Unis, le JDLE fait le point sur les perspectives énergétiques et climatiques de McCain et Obama.

Les candidats à l’élection présidentielle américaine partagent au moins deux convictions: l’activité humaine a une grosse responsabilité dans les changements climatiques, et l’administration Bush a fort mal géré ce dossier. Ils l’ont promis: au lendemain de l’élection, les Etats-Unis se réengageront dans le processus piloté par l’ONU.

John McCain et Barack Obama ont beaucoup insisté sur ce thème durant la campagne. Ce souci partagé de freiner les modifications du climat est étroitement lié aux mutations que les deux hommes entendent faire subir au paysage énergétique national. Or, si les deux sujets –climat et énergie– sont liés, chacun a donné lieu séparément à des débats politiques et économiques houleux.

McCain voudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) en 2050 de 60% par rapport à 1990, Obama de 80%. Pour inciter les entreprises à diminuer leurs rejets, tous deux sont favorables au négoce des permis d’émission, le «cap-and-trade system».

McCain hésite à «imposer une limite» aux émissions des industriels en cette période de crise économique aiguë, mais ajoute «qu’il faudra bien le faire un jour». Pour la même raison, il n’envisage pas de vendre, mais plutôt de délivrer gratuitement les quotas initiaux. Enfin, les objectifs de réduction pourraient être atteints soit en diminuant effectivement les rejets, soit par le biais de «compensations carbone».

Outre qu’il entend pousser à l’adoption rapide d’une loi sur les émissions, Barack Obama est coercitif: les premiers permis seraient mis aux enchères avant de pouvoir être négociés. Une petite partie (150 milliards de dollars -117 milliards d’euros- sur 10 ans) de ces revenus serait redistribuée pour promouvoir des sources d’énergie non polluantes et développer les économies d’énergie. Le démocrate a précisé que ce plan, destiné également à créer des dizaines de milliers d’emplois «verts», ne devrait pas être sacrifié en cas de resserrement budgétaire.

Enfin, les deux candidats prônent chacun un recours accru au «charbon propre», ce dont se gaussent les écologistes. Si, historiquement, cette expression désignait des rejets de dioxyde de soufre et d’autres contaminants, elle se rapporte maintenant à un charbon dont on aurait capturé le CO2 émis par la combustion. Pour l’instant, aucune perspective de «charbon propre» à un coût raisonnable ne se dessine aux Etats-Unis.

En l’absence de charbon «convenable», et à cause de la crise pétrolière de 2008, les démocrates et les républicains ont donc surfé sur le même mot d’ordre: l’indépendance énergétique des Etats-Unis passe par un recours accru aux énergies renouvelables: vent, solaire, agrocarburants… Seule l’importance des subventions et des incitations fiscales s’y rapportant a fait débat: McCain estime que le marché, et non le gouvernement, doit décider quelles sont les technologies les plus prometteuses.

Une autre idée a été modulée différemment selon le candidat: la relance du nucléaire. McCain veut 45 nouveaux réacteurs en activité d’ici 2030. Obama n’a rien contre, mais exige que ces nouvelles centrales soient conçues «dans le respect de la sécurité et de la préservation de l’environnement», autrement dit qu’une solution pour les déchets soit préalablement trouvée, et surtout «à un coût économique acceptable». Ce sont précisément ces deux derniers impératifs qui ont empêché le développement du nucléaire aux Etats-Unis depuis 30 ans, et rien ne dit que ces obstacles seront bientôt levés.

Reste la grande question des nouveaux forages pétroliers et gaziers sur le sol et les côtes américaines. Le fameux slogan «Drill, baby, drill !»(1), scandé dans les meetings républicains, a marqué les esprits. Mais la question du sanctuaire naturel de l’Alaska ne se posera pas, même si McCain est président: il a répété son opposition personnelle à ce projet.

En revanche, si le républicain est élu, les explorations pétrolières démarreront illico sur les terres fédérales et surtout off-shore, dans des zones jusque-là préservées. Le camp démocrate a été très partagé sur le sujet durant la campagne. La volonté populaire de forer est si forte que des gouverneurs démocrates risquent demain de perdre leur siège au profit d’un républicain dans certains Etats. Officiellement, Obama défend l’idée que les compagnies doivent d’abord utiliser les droits à l’exploration qu’elles détiennent avant de demander aux Etats et au gouvernement fédéral d’ouvrir de nouveaux sites.

Il va y avoir de grosses batailles au Congrès quand il s’agira d’entrer dans les détails. Concrètement, il ne faut pas oublier que le président dispose d’une importante marge de manœuvre administrative: par le biais de simples décrets et d’instructions aux agences gouvernementales, la Maison blanche peut agir efficacement sur de nombreux dossiers sans s’occuper du Congrès.

(1) «Forez, les gars, forez!»


A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus