Les Etats généraux de l’alimentation à l’épreuve du rapport de force

Le 19 juillet 2017 par Marine Jobert
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Derrière l'alimentation, l'agriculture.
Derrière l'alimentation, l'agriculture.
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Après la grand messe du 20 juillet, qui réunit tous les acteurs de ce rendez-vous consacré au devenir économique du monde agricole et aux attentes plus saines des consommateurs en matière alimentaire, comment arbitrer des propositions dont certaines seront forcément antagonistes?

Sur le papier, tout le monde voit d’un bon œil les Etats généraux de l’alimentation, qui s’ouvrent ce 20 juillet à Paris. Car la Ferme France va mal et les consommateurs éreintent de plus en plus l’agriculture productiviste, tant pour des raisons environnementales que de santé. Et il s’agit justement de travailler sur le revenu des agriculteurs et la création de richesse d’une part et de répondre aux attentes sociétales «pour une alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous» d’autre part. Le processus s’articule donc sur ces 2 jambes, avec une 1ère session axée économie qui débute fin août, suivie de la 2nde courant octobre-novembre, qui vise à «accompagner la transformation des modèles de production afin de répondre davantage aux attentes et aux besoins des consommateurs. » Quatorze ateliers vont être organisés avec une gouvernance à 6 parties, comme celle retenue lors du ‘Grenelle de l’environnement’ (voir ci-dessous). Avant la tenue de ces réunions, une consultation publique va être mise en ligne dès le 20 juillet, à destination du grand public. Les travaux seront restitués à la mi-décembre. Ça, c’est pour la théorie.

Qui tient la barre?

Sur la forme, les critiques ont déjà commencé à pleuvoir. Un temps tenues à distance de la phase économique des discussions, les ONG environnementales ont fini par gagner leur strapontin. Les places seront chères autour de la table, puisqu’une trentaine de participants seulement devraient être invités à chaque atelier. A la veille de l’ouverture des Etats généraux, la liste des heureux élus n’était pas dévoilée. Autre point de crispation: qui aura la main sur la conduite et l’arbitrage des échanges? Bercy, hôte de la séquence du 20 juillet? L’agriculture –et sa direction générale de la performance économique et environnementale des entreprises-  qui pilote pour l’heure le processus? Ou l’écologie et la santé, avec dans leur escarcelle les pesticides, le climat ou les OGM? Nicolas Hulot et Stéphane Travert ont fait assaut d’amabilités ces derniers temps, pour démontrer qu’il n’y avait pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre eux, et ce quelques jours après leurs dissensions publiques sur le devenir des pesticides néonicotinoïdes. 

Un consensus stérile

Sur le fond, une coalition de 39 ONG demande à Emmanuel Macron de «clarifier la finalité de ces Etats Généraux.» Leur crainte: une recherche effrénée d’un consensus qui annihile toute avancée. «Il faudra faire des choix, débattre de points non consensuels. Les choses pourraient bouger à condition que l’enjeu ne soit pas de faire plaisir à tous, de l’actionnaire de Nestlé aux paysans bio. Ce n’est pas possible», résume l’association Inf’OGM. C’est pourquoi les ONG demandent la tenue d’une «phase 3 de négociations politiques», qui permettra «d’arbitrer sur les sujets transversaux et les dissensus issus des différents ateliers.» A l’image de ce qu’avait fait Nicolas Sarkozy lors du Grenelle de l’Environnement. Leurs préoccupations portent aussi sur l’articulation entre les politiques sectorielles et les différentes échelles (nationale – européenne – internationale). «Nous ne pouvons en effet pas réorienter la politique alimentaire en France sans prendre en compte ses impacts sur les autres pays (du sud en particulier) et sans une refondation de la politique agricole commune.»

Réitérer le Grenelle de 2007?

Les ONG réussiront-elles à porter leurs thèses aussi haut qu’en 2007, comme lors du Grenelle de l’environnement?  Cette fois-ci –et même si le thème officiel de ces Etats Généraux est bien l’alimentation- less agriculteurs ont bien l’intention de faire valoir leur point de vue. Et ça n’est pas leur ministre qui les bousculera. Interrogé à l’Assemblée nationale ce 19 juillet, Stéphane Travert a donné dans la rondeur: «la France compte des modèles agricoles qui correspondent à des philosophies et il ne s’agit pas ici d’opposer les modèles les uns aux autres. Il faut leur donner la chance de pouvoir accéder aux marchés qui sont attendus par nombre de nos consommateurs.»

 

Les 14 ateliers seront consacrés aux solutions pour:

- rendre les prix d’achat des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs

- adapter la production agricole aux besoins des différents marchés et des transformateurs ;

- conquérir de nouvelles parts de marché en Europe et à l’international pour faire rayonner l'excellence du modèle alimentaire français

- améliorer les relations commerciales et contractuelles de l’amont à l’aval des filières ;

- mieux répondre aux attentes des consommateurs en termes de qualités nutritionnelles et environnementales, d'ancrage territorial, de bien-être animal et d'innovations ;

- assurer la sécurité sanitaire de l’alimentation française notamment en prévenant les contaminations chimiques et en renforçant le lien santé-environnement.



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