Les éoliennes suisses tuent-elles plus d'oiseaux que les françaises?

Le 05 décembre 2016 par Marine Jobert
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Eolienne
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20. C’est le nombre d’oiseaux morts retrouvés par an, en moyenne, au pied du mât de 3 éoliennes étudiées par une agence suisse. Un chiffre deux fois plus important que celui retenu jusqu’ici en France. Mais gare aux extrapolations. Explications.

Trois éoliennes de 150 mètres de haut, perchées à 1.000 m d’altitude dans le Jura suisse. Un radar pour mesurer l’intensité des migrations de l’avifaune. Sur le sol, des restes d’oiseaux entrés en collision avec les pâles. Menées pendant 9 mois, à 85 reprises, dans un rayon allant de 50 à 100 m autour des mâts, des recherches de cadavres et de plumes[1] conduites par l’office fédéral de l’énergie ont mis en évidence une mortalité moyenne de 20,7 oiseaux[2] par an et par éolienne. Soit le double du chiffre de 10 victimes retenu en moyenne.

Méthodologie solide

Un chiffre qui semble solide à Geoffroy Marx , bien supérieur à ce qui est observé, en moyenne, en France, mais proche de ce qui peut être mesuré, ponctuellement, sur certains parcs. Le responsable du programme éolien/biodiversité à la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) salue la méthodologie déployée par les Suisses, qui se sont assurés de l'efficacité de leurs recherches de cadavres, de la proportion des victimes restant sur place chaque jour et de la probabilité qu'un oiseau entré en collision avec l'éolienne tombe sur la surface d'observation. Sur les études collationnées par la LPO sur quelque 91 parcs éoliens français –et dont la compilation devrait prochainement donner lieu à publication- seules 8 ont fait preuve d’une telle rigueur, estime t-il.

Mortalité multi-facteurs

L’originalité de la démarche helvétique réside surtout dans l’utilisation d’un radar ornithologique, qui permet d’établir une corrélation entre l’importance des flux migratoires et les périodes où étaient trouvés les cadavres. Certes, les collisions ont surtout été observées pendant les périodes de migration, au printemps et en automne, mais pas uniquement. «Cela tend à prouver que le lien entre l'intensité migratoire et le nombre de victimes pendant la migration est plus complexe qu'on ne pouvait le croire jusqu'ici», précise l’office fédéral de l’énergie. «La visibilité et les conditions météorologiques jouent leur rôle également», complète Geoffroy Marx.

Attention à l’extrapolation

Mais est-ce que ce chiffre de 20 oiseaux tués par éolienne et par an peut être extrapolé? «C’est un cas particulier», tranche le spécialiste de la LPO, qui précise que lorsque l’on mène des études au même endroit pendant plusieurs années, on n’aboutit pas forcément au même nombre de cadavres, ni au même type d’espèces tuées. Il cite l’exemple d’un parc éolien où l’on a comptabilité 26 oiseaux tués en moyenne par éolienne. «Ce sont à 40% des pigeons, dont la présence s’explique par un silo à grains à proximité...»

A chaque parc son impact

A se focaliser sur le nombre d’oiseaux tués, on perd de vue l’impact de certains parcs éoliens sur des espèces parfois menacées, souligne Geoffroy Marx, qui invite à ne pas mettre dans le même panier la mort –certes malheureuse- de 10 roitelets aux effectifs pléthoriques et la disparition d’un gypaète barbu dont la France ne compte que quelques dizaines de couples. En l’occurrence, les cadavres retrouvés sous les éoliennes du parc suisse appartiennent, pour leur grande majorité, à des espèces communes. Et de souligner que la question de la cohabitation de l’éolien avec les chauves-souris se pose encore dans d’autres termes, puisque le nombre d’espèces d’oiseaux victimes des pales est bien plus élevé (98 recensées en France). «Les impacts de chaque parc dépendent des enjeux locaux, ce n’est pas l’impact de l’éolien en général», conclut Geoffroy Marx.

 



[1] On a recensé 7 roitelets à triple bandeau, 2 roitelets huppés, 2 roitelets non identifiés, 2 canards colverts, 1 grive draine, 1 martinet noir, 1 grive litorne, 1 grive musicienne, 1 rouge-gorge familier, 1 mésange bleue, 1 locustelle tachetée.

[2] Soit 2,1% du millier d’oiseaux qui auraient survolé les aérogénérateurs.

 



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