Les éoliennes marines, pièges à oiseaux

Le 28 septembre 2015 par Romain Loury
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Le fou de Bassan
Le fou de Bassan
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L’éolien offshore, une menace pour les oiseaux marins? Jusqu’alors écarté, le risque de collision pourrait être très important, comme le démontre une étude menée sur le fou de Bassan dans le sud-est de l’Ecosse. En cause, le fait que ces oiseaux volent bien plus haut que prévu.

Eldorado de l’éolien en mer, qui pourrait lui fournir 10% de son électricité en 2020 contre 4% actuellement, le Royaume-Uni possède par ailleurs, avec l’Irlande, 85% de la population européenne de fous de Bassan (Morus bassanus). Jusqu’alors, le message des exploitants était rassurant: ces oiseaux ne courent aucun risque majeur.

Selon plusieurs observations, ils ne s’élèveraient au maximum que de 20 mètres au-dessus du niveau de la mer, et uniquement afin de prendre leur élan avant de plonger dans la mer. Pour un simple vol de déplacement, ils sont même en-deçà de 10 mètres.

Or ces estimations reposent sur des méthodes très imprécises: d’une part l’observation à l’œil, peu fiable pour juger de l’altitude, d’autre part des radars. Or ceux-ci ne fonctionnent que sur de petites distances, et ont généralement été utilisés près des côtes, alors que le fou de Bassan pêche plutôt au large.

Pour parfaire leur connaissance des itinéraires de vol, l’équipe de Keith Hamer, biologiste à l’université de Leeds (Royaume-Uni), a équipé 16 fous de Bassan de GPS et de capteurs de pression atmosphérique, plus aptes à mesurer l’altitude. Ces animaux nichent à Bass Rock, au sud-est de l’Ecosse, qui abrite la plus grande colonie au monde colonie (70.000 couples), et où deux grands projets d’éoliennes en mer devraient bientôt être lancés.

Jusqu’à 46 mètres de haut

Selon leurs résultats publiés dans le Journal of Applied Ecology, les fous de Bassan volent bien plus haut qu’on ne le pensait, jusqu’à 27 mètres lorsqu’ils sont à l’affût d’un poisson, avec un maximum à 46 mètres. Or, selon la marée, les pales d’une éolienne offshore balaient un couloir allant de 22 mètres à 160 mètres au-dessus du niveau de la mer.

De plus, l’un des deux projets en cours, sur le site de Firth of Forth, sera implanté sur une zone où les fous de Bass Rock vont très régulièrement pêcher. Pour Evan Wakefield, de l’université de Glasgow et coauteur de l’étude, «il semble hélas que de nombreux fous de Bassan pourraient voler à la mauvaise hauteur au mauvais endroit».

L’oiseau pourrait donc y laisser des plumes: en analysant la hauteur et les itinéraires, les chercheurs estiment que la mortalité liée aux éoliennes pourrait être jusqu’à 12 fois plus élevée que celle estimée jusqu’alors pour la colonie de Bass Rock, soit environ 1.500 adultes tués par an.

Cette population pourrait gravement en pâtir: selon de précédents travaux, toute surmortalité de 2.000 individus par an pourrait en amorcer le déclin. Pour les chercheurs, il suffirait d’élever la hauteur minimale des éoliennes, de 22 mètres à 30 mètres. Et espérer que les fous de Bassan sauront voir les pales à temps.



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