Les entreprises veulent-elles compenser leurs émissions?

Le 25 janvier 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La France émet environ 450 MtéqCO2 par an.
La France émet environ 450 MtéqCO2 par an.

Face à l’atonie des marchés traditionnels, l’Union européenne réfléchit au développement des crédits carbone volontaires. L’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) tente d’évaluer l’importance de ce mécanisme de flexibilité.

 

En France, l’entreprise vertueuse, au plan climatique, existe. On en compte même plusieurs espèces. A commencer par le gros millier de participants -obligés, certes- au système communautaire d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre (GES), le fameux ETS. D’autres réduisent leur empreinte carbone en investissant dans les énergies renouvelables, la formation de leurs chauffeurs-livreurs, voire en préférant livrer leurs produits par bateau à voile plutôt que par cargo. Certaines entreprises sont moins imaginatives. Aux solutions complexes, elles préfèrent la simplicité d’outils financiers.

Ainsi en va-t-il des sociétés et des institutions qui investissent dans la ‘compensation carbone’.

Crédits carbone volontaires

Honnie par nombre d’associatifs (qui lui reprochent de ne pas éviter les émissions de GES), la compensation consiste à acquérir, moyennant finance, des ‘crédits carbone’ certifiant, en principe, la séquestration d’un volume de GES comparable à celui émis par l’acheteur. Autre idée: financer un projet contribuant à réduire (ou à ne pas les produire) les rejets carbonés d’un tiers. Un peu sur le modèle du mécanisme de développement propre (MDP), créé par le protocole de Kyoto, aujourd’hui dans les limbes.

Peu d’entreprises intéressées

Séduisante dans l’absolu, la ‘compensation’ a-t-elle des adeptes? C’est la question posée par l’I4CE. Publiée ce mardi 24 janvier, la dernière étude du think tank essaie d’évaluer l’intérêt porté par les entreprises à ce dispositif indirect de lutte contre le réchauffement. Un peu moins de 200 entreprises et organisations tricolores ont ainsi été sondées, dont 11 groupes du CAC 40. Mauvaise nouvelle: les deux tiers n’ont jamais ‘compensé’ et 10% n’en savent rien. Bonne nouvelle: seuls 28% de ces réfractaires sont totalement opposés: trop cher, opaque. L’ignorance ou la complexité du système sont des raisons fréquemment données.

Marché en croissance

Quid des bons élèves? Ces derniers ont effectivement ‘compensé’ l’émission de 1,7 million de tonnes équivalent CO2 (MtéqCO2). C’est peu au regard des émissions nationales (0,3 % environ). Mais c’est 5 % de mieux que l’année précédente. Des chiffres probablement sous-estimés: «seule la moitié des organisations compensatrices ont précisé leur volume d’émission compensées», précisent les rédacteurs d’I4CE. S’appuyant sur d’autres rapports, ils estiment donc à 2 MtéqCO2 le volume des GES compensé annuellement. Cela reste modeste.

Variabilité

Combien ça coûte? Le marché étant libre et les critères de sélection diffus, le coût de la compensation de l’émission d’une tonne de GES varie du simple au sextuple: de 4 à 24 euros par tonne. D’autres études tablent sur d’autres gammes de prix, mais toujours avec un rapport de un à six entre l’entrée de gamme et le premium.

Que compense-t-on effectivement? Souvent les émissions d’une ou de plusieurs activités de l’entreprise, voire la totalité. Très courue aussi est la ‘neutralisation’ des très carbonés déplacements en avion. Enfin, comme pour la COP 21, les organisateurs d’un gros événement public répugnent de moins en moins à recourir à l’indulgence climatique.

Quel avenir?

Quels sont les secteurs préférés des acheteurs de crédits volontaires? Souvent ceux qui renvoient une image ‘bonne pour le climat’, à l’instar des énergies renouvelables, de la forêt et de l’efficacité énergétique. Les crédits générés par ces activités sont aussi les plus disponibles sur le marché. Ceci pouvant aussi expliquer cela.

Quel avenir pour la compensation? Difficile à dire, conviennent les rapporteurs. Tout dépendra, bien sûr, de l’évolution de la législation, de la réforme en cours de l’ETS. Quoi qu’il en soit, l’activité n’est pas appelé à croître très fortement: «Une perspective de croissance de 50% est envisageable à 10 ans, sous réserve du maintien des volumes achetés actuellement», estiment les experts d’I4CE.



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