Les enfants et les pesticides, priorités de recherche de l’Anses en 2014

Le 13 février 2014 par Marine Jobert
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L'exposition des enfants aux technologies sans fil scrutée par l'Anses.
L'exposition des enfants aux technologies sans fil scrutée par l'Anses.
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Evaluer les risques auxquels sont exposés les enfants dans leur environnement, leur alimentation ou les produits de consommation. Approfondir les connaissances sur l’exposition aux pesticides des travailleurs en agriculture et des riverains. Voici les deux grands sujets de préoccupation de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) pour 2014, qui a présenté ce 13 février son programme de travail annuel.

 

Protéger les enfants

Dans l’avis publié en octobre 2013 sur les effets sanitaires des radiofréquences, l’agence estimait que l’exposition des enfants aux radiofréquences et leurs effets potentiels devaient être mieux caractérisés. Elle publiera au printemps prochain un avis fondé notamment sur des données d’exposition nouvelles résultant de l’usage d’appareils spécifiquement dédiés aux enfants (téléphones mobiles, tablettes, baby-phones, jouets, etc.).

Leur exposition par voie orale à de multiples substances chimiques via les jouets et des objets de puériculture, va également être mesurée. Car «pendant les périodes critiques du développement de l’enfant», ces expositions sont «de plus en plus souvent évoquées parmi les hypothèses permettant d’expliquer en partie l’augmentation de l’incidence de certaines pathologies».

Au plan alimentaire, la base de données Ciqual –qui répertorie les teneurs en calories, lipides, glucides, protéines, vitamines et minéraux de milliers d'aliments, représentatifs de ceux consommés en France- va être complétée par le profil nutritionnel complet des mets[1] destinés aux enfants de 0 à 3 ans.

 

Les pesticides à la loupe

Dans le droit fil de la synthèse publiée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) sur les expositions professionnelles et générales des populations aux pesticides, l’Anses va s’intéresser aux travailleurs agricoles «au sens large» et aux riverains des zones traitées. «L’expertise de l’Inserm a mis en lumière le manque de données pour établir des liens de cause à effet entre ces substances –pour la plupart interdites aujourd’hui- et les maladies décrites», estime Marc Mortureux, le directeur de l’Anses. L’agence veut en savoir plus sur «les pratiques réelles» des agriculteurs, notamment concernant leurs usages des vêtements et équipements de protection individuelle. Des études de terrain et des tests en laboratoire vont être menés, dont les données seront intégrées dans le processus d’évaluation des demandes d’autorisation de mise sur le marché (AMM) pour les pesticides. Enfin, la réglementation (européenne et nationale) qui protège les riverains des zones traitées (au sens large) va être évaluée, afin de s’assurer qu’elle est suffisamment protectrice. Une évaluation spécifique aux enfants –parce qu’ils sont en contact avec la terre contaminée par les pesticides- sera également menée.

 

Pesticides dans l’air

La présence de résidus de pesticides dans l’air va également faire l’objet de l’attention de l’agence. «Autant il existe une liste de substances à suivre pour l’eau de consommation, l’eau de surface ou l’alimentation, note Dominique Gombert, le directeur de l'évaluation des risques, autant cela fait défaut pour la surveillance de l’air.» De récentes études quelque peu empiriques menées par les réseaux régionaux de surveillance de la qualité de l’air (comme en Picardie ou dans la région de Cognac) ont mis en évidence la présence de nombreuses molécules de pesticides dans l’air. L’Anses publiera donc, en septembre prochain, une courte liste de molécules à suivre, accompagnée d’une méthodologie pour pouvoir comparer les résultats sur tout le territoire national.

 

Un point complet sur l’impact sanitaire des pollens (notamment sur les interactions entre pollens et polluants atmosphériques) sera publié courant février. Deux valeurs-guides de qualité d’air intérieur (VGAI) vont être proposées pour l’acétaldéhyde. Les enceintes de transports ferroviaires, dont on connaît les concentrations en particules fines, intéresse aussi l’Anses: un état des connaissances est par ailleurs en cours de réalisation sur la pollution, la toxicité des polluants, les expositions des travailleurs et les risques associés, qui sera publié fin 2014. Enfin, suite au classement de la pollution de l’air extérieur comme cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une première étude du coût socio-économique de la pollution de l’air intérieur a été réalisée en 2013. Les résultats seront présentés, en partenariat avec le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), au mois d’avril.

 

5 PE à la loupe

Les perturbateurs endocriniens, très étudiés en 2013 notamment via l’avis de l’Anses consacré à l’évaluation des risques liés au BPA pour la santé humaine et aux données toxicologiques et d’usage des bisphénols S, F, M, B, AP, AF, et BADGE, seront encore scrutés cette année.

C’est notamment le cas avec la publication, en avril 2014, de rapports d’évaluation des risques et d’avis sur 5 substances considérées comme perturbateurs endocriniens: méthyl tert-butyl éther (MTBE), toluène, n-hexane, cis-CTAC, O-phénylphénol (OPP), qu’on retrouve dans les peintures, colles et parfums d’ambiance pour voiture. Perfluorés, polybromés et phtalates feront également l’objet d’expertises.

 

Transfert de la délivrance des AMM?

L’Anses pourrait, à la faveur de l’adoption de la loi d’avenir sur l’agriculture, récupérer une compétence de taille: la délivrance des autorisations de mise sur le marché pour les produits phytosanitaires, aujourd’hui assurée par le ministère de l’agriculture. «Il y aura un travail de fond à mener pour préserver l’indépendance et la crédibilité scientifiques de l’agence. Nous devons voir comment séparer, en interne, la partie évaluation des risques de la phase de gestion des risques», prévient Marc Mortureux. Et de comparer cette tâche avec celle assurée par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé qui évalue les médicaments mais est également destinataires de remontées du terrain qui peuvent l’amener à réévaluer ou à remettre en cause une AMM qu’elle aura elle-même délivrée.

 

Le directeur de l’Anses a résumé ainsi les missions et les contraintes de l’agence: «Garder un temps d’avance pour anticiper les risques émergents», dans un contexte budgétaire «difficile».

 



[1] Laits infantiles, plats et petits pots pour bébé salés et sucrés, soupes, desserts lactés, céréales instantanées, biscuits, boissons aux fruits, aux plantes ou au lait, et céréales.

 



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