Les émissions négatives pourraient aussi l’être pour la biodiversité

Le 07 novembre 2016 par Romain Loury
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La biodiversité, victime collatérale de la lutte contre le réchauffement?
La biodiversité, victime collatérale de la lutte contre le réchauffement?
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Les émissions négatives et la géo-ingénierie permettront-elles de rester en-deçà d’une hausse de 2°C du réchauffement climatique, objectif fixé par l’Accord de Paris? En l’état de la recherche, il est trop tôt pour trancher. Quant aux impacts environnementaux, notamment sur la biodiversité, ils sont bien loin d’être cernés, rappelle la Convention sur la diversité biologique (CDB) dans un rapport publié fin octobre.

La plupart des scénarios du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec) pour rester en-deçà de 2°C font appel aux émissions négatives, soit grâce à des puits de carbone naturels (reforestation, stockage dans les sols, etc.), soit par captage et stockage de carbone (CSC). Plus polémiques, les techniques de géo-ingénierie, telles que la fertilisation des océans et l’injection d’aérosols atmosphériques, pourraient aussi permettre de limiter la chauffe.

Pour Olivier Bouchet, du Laboratoire de métrologie dynamique (Institut Pierre-Simon Laplace, IPSL, Paris), «il n’y a pas de doute, on peut utiliser ces techniques à petite échelle avec efficacité, mais la question est de savoir si elles pourront être utilisées à grande échelle». Sans cela, le concept d’émissions négatives, censé nous aider à demeurer sous le seuil des 2°C, ne sera d’aucun secours. «C’est un pari sur l’avenir, mais on peut aussi y voir un risque», juge le climatologue.

Un sujet sous-étudié

Ce risque, la CDB l’aborde dans un rapport publié le 31 octobre, consacré à l’impact des émissions négatives et de la géo-ingénierie sur la biodiversité. Au-delà des aspects physico-chimiques, à savoir l’impact sur les gaz à effet de serre et le climat, le sujet demeure en effet très peu étudié quant aux conséquences environnementales de ces techniques.

Parmi les 650 études sur la géo-ingénierie répertoriées par les experts, seules moins de 5% abordent directement la question des impacts sur la biodiversité, note le rapport. Rien d’étonnant à cela, juge Olivier Bouchet: «C’est un domaine de recherche relativement nouveau. Il est normal d’étudier d’abord si ces techniques permettent ou non un refroidissement, puis dans un deuxième temps de se pencher sur la question des écosystèmes et de la biodiversité.»

Risque de perte de l’habitat

Certes, limiter le réchauffement devrait théoriquementn’avoir que des effets positifs sur la biodiversité. Mais les changements climatiques ne constituent, à ce jour, qu’une cause secondaire de l’érosion de la biodiversité, loin derrière la perte de l’habitat.Or certaines approches, notamment celles de bioénergie couplée au captage et au stockage du carbone (BECCS), devraient nécessiter une grande surface de terres, au détriment de l’agriculture et des espaces naturels, et donc de la biodiversité, note le rapport.

Dans son 5e et dernier rapport d’évaluation, publié en 2013-14, le Giec évoque pour le BECCS des surfaces allant de 50 à 700 millions d’hectares, alors que la surface cultivée mondiale s’élève actuellement à 1,4 milliard d’hectares –et la surface totale des Etats-Unis à 915 Mha. Sans oublier les besoins accrus en eau et en nitrates pour faire pousser les biocarburants, qui pourraient aussi causer des perturbations écologiques.

Des effets pas seulement climatiques

Côté géo-ingénierie ‘dure’, les impacts demeurent plus hypothétiques: la fertilisation des océans, notamment par du fer pour stimuler la prolifération du plancton (et son absorption de CO2), devrait inéluctablement modifier la composition des écosystèmes marins. Quant aux injections d’aérosols atmosphériques, elles devraient diminuer l’afflux lumineux sur terre et en mer, et leurs effets pourraient être variables d’une région à l’autre, notamment en termes de précipitations -là aussi avec des effets inconnus sur la biodiversité.

Selon Olivier Bouchet, «s’il s’agit de faire de la géo-ingénierie pour ne pas réduire les émissions de gaz à effet de serre, ce sera une fuite en avant. Mais s’il s’agit d’y recourir pour une période de temps limité, pour nous aider dans nos efforts d’atténuation, c’est autre chose. Nous devons poursuivre les travaux sur ce sujet, afin de nous donner les moyens de pouvoir décider d’utiliser ces techniques, ou non.»



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