Les émissions de méthane montent en flèche

Le 08 février 2019 par Romain Loury
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Les élevages bovins, une source de méthane
Les élevages bovins, une source de méthane

La concentration de méthane dans l’atmosphère bat des records, révèle une grande étude publiée mardi 5 février dans la revue Global Biogeochemical Cycles. Si les raisons de ce phénomène ne sont pas définies (hausse des émissions, moindre élimination du méthane?), elles pourraient être liées au réchauffement lui-même.

 

En même temps que celle de dioxyde de carbone (CO2), la teneur atmosphérique en méthane n’a cessé de grimper depuis l’ère préindustrielle, passant de 720 parties par milliard (ppb) vers 1750 à 1.859 ppb en 2017. Or elle semble connaître depuis 2014 une croissance très forte, à un rythme inédit: +12,1 ppb en 2014, +10,1 ppb en 2015, +7 ppb en 2016 et +7,7 ppb en 2017.

Dans une copieuse étude publiée dans la revue de l’American Geophysical Union (AGU), Global Biogeochemical Cycles, Euan Nisbet, du département des sciences de la Terre de l’université de Londres, et ses collègues se penchent sur les raisons de ce phénomène: simple hausse des émissions ou moindre élimination du méthane dans l’atmosphère, qui signifierait une plus longue durée de vie?

Un effet de rétroaction positive?

Sans parvenir à trancher, les chercheurs observent une baisse, au sein du méthane atmosphérique, de la teneur en isotope 13 du carbone (C13), comparé à l’isotope prépondérant (le carbone 12). Ce qui semble exclure la possibilité que ces émissions soient uniquement imputable à l’utilisation d’énergies fossiles (plus riches en C13).

Ce phénomène milite en faveur d’une forte hausse des émissions biogéniques, émanant des zones humides, des ruminants et des décharges, moins riches en C13. Outre la croissance soutenue de l’élevage, cette hausse des émissions biogéniques pourrait être le fait du réchauffement, qui accroît la production de méthane des zones humides -un effet de rétroaction positive, entraînant un emballement climatique.

De même, le méthane pourrait s’accumuler plus rapidement du fait d’une baisse de ses puits, principalement par une baisse de la dégradation atmosphérique. Ce gaz se décompose sous l’effet des radicaux hydroxyles (OH), de faible durée de vie (1 seconde). Là aussi, le réchauffement pourrait avoir réduit le taux d’hydroxyles, accroissant la présence du méthane.

Le méthane hors des clous de l’Accord de Paris

Indécis quant aux explications du phénomène, les chercheurs estiment que si cette hausse se poursuivait à ce rythme, elle aurait des effets désastreux sur le climat. Ils prennent comme exemple les scénarios RCP2.6, les plus ambitieux fixés par le Giec[i], qui permettraient de stabiliser le réchauffement en deçà de 2°C par rapport à l’ère préindustrielle -voire en-dessous de +1,5°C-, avec un forçage radiatif supérieur de 2,6 Watt par mètre carré (W/m2) à celui de l’ère préindustrielle.

Pour atteindre cet objectif, la teneur atmosphérique en méthane devrait baisser de 6 ppb entre 2010 et 2050, puis de 4 ppb entre 2050 et 2100, année où elle atteindrait 1.254 ppb. Or la tendance actuelle est totalement à l’opposé: au rythme actuel, la teneur en méthane pourrait atteindre 2.400 ppb en 2100 : deux fois plus que l’objectif des RCP2.6.

D’ores et déjà, la teneur en méthane excède de 100 ppb la trajectoire RCP2.6, calculent les chercheurs. Selon eux, cette tendance pourrait compromettre le respect de l’Accord de Paris, même en cas de baisse des émissions de CO2: avec 600 ppb de méthane de plus en 2100, le forçage radiatif serait accru de 0,5 Watt par m2.



[i] Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat

 



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