Les éléphants, alliés climatiques des forêts africaines

Le 22 juillet 2019 par Romain Loury
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L'éléphant de forêt, moins connu que celui de savane
L'éléphant de forêt, moins connu que celui de savane

En Afrique centrale, le déclin des éléphants de forêt réduit le stockage de carbone par les arbres, révèle une étude française publiée dans Nature Geoscience. Ce qui constitue un nouvel exemple des liens étroits entre changement climatique et chute de la biodiversité.

Moins connu que son cousin de la savane africaine (Loxondota africana), l’éléphant de forêt (Loxondonta cyclotis), plus petit, vit principalement dans les forêts d’Afrique centrale et occidentale. D’un million d’individus estimés au début du 19ème siècle, il n’en resterait plus qu’environ 100.000.

Ce qui est une mauvaise nouvelle pour la biodiversité l’est aussi au niveau climatique, selon l’étude publiée par Fabio Berzaghi, du Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE, Gif-sur-Yvette, CEA/CNRS/UVSQ[i]), et ses collègues. Selon ces travaux, menés par une modélisation confirmée par les données de terrain, ces mégaherbivores jouent un effet majeur sur le stockage de carbone par leur environnement forestier, du seul fait qu’ils piétinant les petits arbres, ce qui favorisant les plus grosses espèces.

Plus d’éléphants, plus de biomasse

Or les arbres au plus gros tronc (plus de 30 centimètres de diamètre) présentent certes une croissance moins rapide, et sont donc d’une moindre productivité primaire (moins de carbone assimilé à l’année), mais ils stockent plus de carbone une fois parvenu à maturité, en raison d’un bois plus dense.

Les chercheurs ont modélisé l’effet de la densité d’éléphants de forêt sur le type d’arbres présents (plus ou moins gros, de croissance plus ou moins rapide, donc stockant plus ou moins de carbone à maturité). Bilan, une densité de 0,5 à 1 éléphant par kilomètre carré, proche des niveaux historiques, entraînerait une hausse de 26 à 60 tonnes de biomasse par hectare, au-dessus du sol. Or la densité actuelle de l’éléphant de forêt se situerait à 0,16 individu par km2.

Si Loxodonta cyclotis, classé en danger d’extinction dans la Liste rouge de l’UICN[ii], s’éteignait, les forêts d’Afrique centrale pourraient perdre 7% de leur biomasse, calculent les chercheurs. Selon eux, la présence d’éléphants de forêt expliquerait les différences importantes entre les forêts équatoriales africaines et la forêt amazonienne, qui compte plus d’arbres, mais aux troncs moins épais, donc moins chargés en biomasse.



[i] CEA: Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives; CNRS: Centre national de la recherche scientifique; UVSQ: université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

[ii] UICN: Union internationale pour la conservation de la nature. L’éléphant de savane est classé vulnérable, tandis que l’éléphant d’Asie (Elephas maximus) est aussi en danger d’extinction

 



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