Les égoutiers, profession à risque chimique

Le 22 juin 2016 par Romain Loury
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Une profession multi-exposée
Une profession multi-exposée

Les égoutiers sont exposés à des risques sanitaires à long terme, notamment des cancers, qui pourrait être liés à leur surexposition à des agents chimiques dont de nombreux CMR (cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques). Auteur d’un rapport sur le sujet publié mercredi 22 juin, l’Anses[i] estime que la profession doit faire l’objet d’un suivi médical renforcé.



[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

 

Publiée en 2004 puis réactualisée en 2009, une étude menée par l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) sur les égoutiers parisiens avait révélé une surmortalité élevée (+56%) dans cette profession, en particulier par maladies digestives, cancer et suicide. Ces travaux avaient aussi révélé une fréquence plus élevée, par rapport à la population générale, de divers symptômes (respiratoires, oto-rhino-laryngologiques, digestifs, etc.) et de troubles musculosquelettiques (TMS).

Or les égouts renferment de nombreux agents chimiques et biologiques, qui pourraient en partie expliquer ce phénomène. Parmi eux, les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), divers métaux (cadmium, cobalt, etc.), des composés soufrés (sulfure d’hydrogène, mercaptan, diméthylsulfure), ainsi que des particules fines et du benzène issus de la pollution automobile, qui se concentre dans ces espaces confinés.

En-dessous des VLEP, mais...

«On sait très peu de choses sur l’exposition des travailleurs à ces composés», observe auprès du JDLE Valérie Pernelet-Joly, responsable de l’unité d’évaluation des risques liés au milieu aérien de l’Anses. Afin d’en savoir plus, l’agence a effectué ses propres mesures: les concentrations mesurées y ont été trouvées inférieures, souvent d’un facteur 10, aux valeurs limites d’exposition professionnelles (VLEP) ou aux valeurs toxicologiques de référence (VTR).

Ce qui n’écarte pas pour autant l’idée d’un risque: comme lors des rares mesures effectuées jusqu’alors, celles-ci ont été effectuées en un endroit et un temps donné. «On ne peut pas exclure des pics d’exposition. Par ailleurs, nous avons comparé ces produits un par un à leur valeur de référence, mais il est possible qu’il y ait des effets sanitaires liés à des co-expositions, voire à des synergies entre plusieurs agents», explique Valérie Pernelet-Joly.

Selon l’Anses, plusieurs tâches semblent particulièrement à risque élevé d’exposition: le nettoyage des dégrilleurs à haute pression, le curage avec engin et l’extraction des bassins de dessablement, qui conduisent toutes à une remise en suspension dans l’air des agents chimiques.

Un impact probable

En l’état, difficile d’affirmer dans quelle mesure les effets sanitaires observés, notamment ceux de type cancéreux, sont bien liés à ces expositions. Par exemple pour les cancers du poumon (+47% par rapport à la population générale) et du foie (+85%), liés au tabagisme et à la consommation d’alcool, deux facteurs que l’INRS n’a pas mesurés lors de son étude.

Selon Valérie Pernelet-Joly, «les taux de mortalité [observés par l’INRS] ne pouvaient pas être expliqués seulement par le tabac et l’alcool: ce sont des maladies multifactorielles, et il est probable que l’exposition chimique dans les égouts ait contribué à augmenter leur risque».

Annoncé pour jeudi 23 juin, un rapport de l’Anses sur l’exposition des travailleurs agricoles aux pesticides a vu, mardi 21 juin, sa parution reportée à une date non déterminée. Déplorant ce retard, plusieurs associations (Générations Futures, Phyto-victimes, WECF et Alerte Médecins Pesticides) évoquent «une certaine tension» à l’approche du rendu, en particulier de la part des ministères concernés (agriculture, travail). Pour l’Anses, ce report serait dû à l’envoi, par deux experts du groupe de travail, d’une note de commentaire «hors-procédure», à savoir après validation du rapport. Première dans l’histoire de l’Anses, celle-ci a saisi son comité de déontologie afin de déterminer la marche à suivre avec cet avis minoritaire -dont Générations futures affirme qu’il irait dans un sens favorable aux pesticides.

L’agence devrait disposer avant la fin de l’année de données supplémentaires sur les agents biologiques, notamment les moisissures, les bactéries et les endotoxines (produites par les bactéries). Ces résultats feront l’objet d’un addendum d’ici la fin de l’année.

Assurer un suivi médical renforcé

Dans ces recommandations, l’Anses estime que les égoutiers devraient faire l’objet d’un suivi médical renforcé, dont ils ne bénéficient plus d’office. En cause, l’abrogation, en 2012, d’un arrêté de juillet 1977 fixant la liste des travaux nécessitant une surveillance médicale spéciale. Désormais cette surveillance renforcée ne s’applique pas à des professions en particulier, mais à des types d’exposition (amiante, rayonnements ionisants, bruit, agents CMR, etc.), dont plusieurs concernent les égoutiers.

Favorable à une formation professionnelle pour toute personne amenée à travailler dans les égouts, l’Anses prône par ailleurs la mise en place de cartographies des réseaux d’assainissement, permettant de signaler certaines zones (stagnation, rejets de surface spécifique, accès difficile). «L’expérience des collectifs d’égoutiers n’est pas suffisamment exploitée: ces cartographies pourraient devenir un outil de prévention», juge Valérie Pernelet-Joly.



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