Les effets sanitaires du CO2 à la loupe

Le 30 août 2013 par Marine Jobert
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La respiration, 1ère source de CO2 à l'intérieur.
La respiration, 1ère source de CO2 à l'intérieur.

La concentration en CO2 dans un local est souvent utilisée pour définir des seuils qui serviront ensuite pour élaborer des réglementations, mais sans que leurs fondements sanitaires aient jamais été vraiment explicités. C’est la tâche confiée à l’Anses, qui vient de rendre un avis.

A l’occasion d’une mise à jour de la réglementation en matière d’aération des locaux, la Direction générale de la prévention des risques (DGPR) et la Direction générale de la santé (DGS) ont saisi l’Agence nationale de la santé (Anses) le 1er mars 2012 afin de disposer de valeurs de concentration en CO2 dans l’air intérieur associées à des effets sanitaires. L’agence, en tenant compte des publications les plus récentes sur ce sujet, vient de rendre un rapport d’expertise collective sur le sujet.

 

CO2 et autres polluants

Les trois points principaux portent sur l’évaluation de la pertinence de construire une valeur-guide de qualité d’air intérieur (VGAI) pour le CO, sur la détermination de valeur(s) de concentration en CO2 dans l’air intérieur en tant qu’indicateur d’effets sanitaires (pour différents types de locaux) et sur l’identification des éventuelles corrélations entre le CO2 et d’autres polluants de l’air intérieur, en considérant les concentrations et les effets sanitaires des autres polluants. En résumé: le CO2 est-il statistiquement associé à des effets sanitaires ou à d’autres effets (confort, performance) ? Et si oui, à quelles concentrations observe-t-on ces effets?

 

Respiration et CO2

Ce sont les occupants d’un local qui sont les principaux émetteurs de CO2. Celui-ci est donc considéré comme un «bon marqueur» des concentrations en bio-effluents dans l’air intérieur (odeurs par exemple), qui varient en fonction du nombre d’occupants, de la durée d’occupation, du taux de ventilation et du volume de la pièce. Les polluants «autres» peuvent varier approximativement en proportion du CO2 émis par les occupants, note l’Anses, sans compter les réactions physico-chimiques entre les différents contaminants. La norme de concentration de CO2 retenue en France dans les bâtiments scolaires et les immeubles de bureaux est de 1.000 parties pour million (avec une tolérance à 1.300 ppm dans les locaux où il est interdit de fumer), qui «ne s’appuie pas sur des bases scientifiques très explicites et reposerait sur des travaux anciens».

 

Acidose respiratoire

L’Anses considère en outre qu’il «n’apparaît pas pertinent de construire une valeur-guide de qualité d’air intérieur pour le CO2 fondée sur ses effets propres». Après avoir passé en revue la littérature scientifique disponible, les experts de l’Anses conclut que «l’apparition d’un premier effet critique (acidose respiratoire, soit une baisse du pH sanguin) peut être admise à partir d’un niveau d’exposition de 1% (10.000 ppm) pendant au moins 30 minutes chez un adulte en bonne santé avec une charge physique modérée. Cet effet critique pourrait apparaître à un niveau inférieur chez les populations sensibles[1]». Mais ces concentrations seuil sont supérieures aux valeurs-limites réglementaires et/ou normatives de qualité du renouvellement d’air en France et au niveau international. Par ailleurs, l’agence note qu’aucun effet tératogène n’a été rapporté et que les effets du CO2 sur la reproduction ont été très peu étudiés. Il n’existe pas d’étude chez l’homme des effets du CO2 sur la cancérogénèse.

 

Les polluants potentialisés par le CO2?

Il apparaît également que la concentration de plusieurs polluants-cibles (le formaldéhyde, l’acétaldéhyde et les particules -fraction PM2,5 et PM10) est corrélée avec le niveau de CO2 pour différents environnements intérieurs. «Pour l’ensemble des polluants, en excluant les résultats obtenus pour un faible nombre d’observations, se situer au?dessus de 750 ppm de CO2 entraîne une probabilité élevée de dépasser la valeur-cible considérée[2]L’Anses estime que «la mesure du CO2 ne peut être considérée seule comme un indicateur de pollution chimique de l’air intérieur», et qu’elle ne peut être définie comme un outil unique de contrôle de la qualité sanitaire de l’air intérieur. La vraie variable d’ajustement de ces concentrations, c’est le renouvellement d’air.

 

 

 



[1] Soit les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées (plus de 60 ans), les personnes atteintes d’apnée du sommeil, les personnes atteintes d’affections pulmonaires (par exemples: broncho- pneumopathie chronique obstructive, asthme, emphysème, et bronchites chroniques), les personnes atteintes d’affections cardiaques, hématologiques ou vasculaires, ainsi que les fumeurs.

[2]  Entre 86 % et 92 % pour le formaldéhyde, 90 % à 95 % respectivement pour les fractions PM10 et PM2,5, et autour de 60 % pour le benzène.

 

 

 



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