Les effets des pesticides sur les batraciens sont sous-évalués

Le 25 janvier 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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La grenouille rousse craint le naphta.
La grenouille rousse craint le naphta.

C’est une véritable pandémie. Partout, dans le monde, les populations de batraciens reculent. L’augmentation du niveau de radiations ultra-violettes, la compétition avec des espèces exogènes, la perte d’habitat, les changements climatiques sont autant de causes avancées par les scientifiques pour expliquer ce phénomène. Sans doute avec raison. Il en est une qui n’a pas encore été beaucoup étudiée: l’impact des pesticides. A tort.

Nombre d’espèces de grenouille, crapaud et autre salamandre fréquentent terres arables et zones humides, où se concentrent souvent des résidus des traitements agricoles. Très perméable, leur peau est en outre une véritable éponge à toxiques.

Pour en avoir le cœur net, une équipe germano-suisse a évalué, dans des vivariums expérimentaux, les effets des pesticides agricoles sur une population de jeunes grenouilles rousses européennes (Rana temporaria). Environ 150 spécimens ont été soumis à des expositions d’herbicides, de fongicides et d'insecticide. Le protocole établi par l’équipe, coordonnée par l’écotoxicologue Carsten Brühl (université de Coblence-Landau, Allemagne), imposait une exposition, pour certains individus, au 10e de la dose d’utilisation prescrite par le fabricant. Des grenouilles ont été exposées à la dose prescrite. D’autres, enfin, ont reçu une dose 10 fois supérieure à la dose prescrite.

A dose «normale», le taux de mortalité, en 7 jours, est de 100% pour deux fongicides: le Headline (BASF) et Captan Omya (Captan). Pour les autres «phytos», 40% à 60% des batraciens meurent dans la semaine, quel que soit le niveau d’exposition. Faut-il interdire les pesticides ayant la pyraclostrobine comme principe actif (cas du Headline)? Ce n’est probablement pas aussi simple.

Autre fongicide mis sur le marché par BASF, le BAS 500 en contient aussi mais se révèle moins toxique pour les grenouilles (20% de mortalité). La molécule tueuse pourrait donc se nicher dans les adjuvants. Dans le cas présent, le naphta est fortement suspecté. Ce résidu de pétrole est un composé majeur du Headline, mais peu présent dans le produit concurrent.

Parmi les autres piste à explorer: une éventuelle hypersensibilité de certaines espèces à certaines molécules. Les auteurs de l’article, paru dans Nature, soulignent que notre petite grenouille rousse est bien plus sensible à l’Headline que le crapaud des steppes américain (Bufo cognatus).

En résumé, il est urgent d’évaluer sérieusement l’impact des phytosanitaires sur les batraciens. Des petites bêtes qui, en se régalant de limaces ou de chenilles, sont aussi des alliées des agriculteurs.



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