Les édulcorants, inutiles ersatz

Le 14 janvier 2015 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Les édulcorants sabrés par l'Anses
Les édulcorants sabrés par l'Anses

Les édulcorants intenses ne présentent aucun intérêt nutritionnel, que ce soit pour réduire son poids ou chez les patients diabétiques. Dès lors, il ne sert à rien de leur accorder la moindre place dans une politique de santé publique, estime l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses).

Voilà qui a le mérite d’être clair: les édulcorants ne servent probablement pas à grand-chose. Utilisés comme substituts non caloriques au sucre dans toutes sortes de produits, en particulier les boissons, leur usage a connu une véritable explosion ces 20 dernières années. «Probablement en lien avec les préoccupations liées au doublement de la prévalence du surpoids et de l’obésité», juge l’Anses dans un rapport publié vendredi 9 janvier.

Or ces édulcorants intenses, dont 10 sont commercialisés dans l’UE [1], font l’objet de nombreuses suspicions. Tout d’abord quant à leur sécurité: des études ont ainsi suggéré des risques d’accouchement prématuré chez les femmes enceintes, voire de cancers ou d’effets neurologiques, tels que crises d’épilepsie et migraines.

Mais quid de leur réelle efficacité? Permettent-ils vraiment de limiter la prise de poids, comme le soutient l’industrie agroalimentaire? Rien ne le prouve, comme le révèle l’Anses dans son rapport, première évaluation globale au niveau européen des risques et des bénéfices de ces substances.

Pas d’effets sur le poids ou la glycémie

A l’analyse des diverses études, aux résultats souvent divergents, rien ne permet en effet de trancher quant aux effets sur le poids ou sur l’appétit, que ce soit chez les adultes ou chez les enfants. De même, ils semblent n’avoir aucun effet sur la glycémie des diabétiques.

D’autres travaux, notamment français, suggèrent en revanche que les boissons light favorisent l’apparition d’un diabète. Faille importante de ces études, «les consommations de boissons édulcorées sont recueillies au moment de l’inclusion des sujets, souvent par des questionnaires de fréquence auto-administrés, sans mise à jour des données alimentaires au cours du temps», note l’Anses, peu convaincue d’un risque diabétique.

Seul bémol, une récente étude menée chez la souris a révélé un effet des édulcorants sur la flore intestinale, qui pourrait bien favoriser le diabète. Indiquant «poursuivre sa veille scientifique», l’agence «pourra ainsi dans le futur, actualiser en tant que de besoin la présente évaluation, au regard de nouvelles données».

Quant aux autres risques sanitaires (accouchement prématuré, cancer, effets neurologiques), les résultats sont plutôt ténus. L’Anses évoque toutefois une étude ayant suggéré la survenue de lymphomes non hodgkiniens et de myélome, des résultats «appelant des travaux complémentaires».

Des allégations de santé rejetées

Au niveau européen, l’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a de son côté rejeté plusieurs allégations de santé, que les industriels souhaitaient apposer sur l’étiquetage de leurs produits, tous ayant trait au contrôle du poids ou au métabolisme du glucose.

Seules deux allégations sont actuellement autorisées, l’une stipulant que les édulcorants «contribuent, par rapport aux sucres, au maintien de la minéralisation dentaire», l’autre que leur consommation «induit, par rapport aux sucres, une moindre hausse de la glycémie après consommation».

Particulièrement emblématique, l’aspartame concentre la plupart des critiques des associations. Non seulement en raison d’études suggérant un risque sanitaire, mais aussi en raison des conditions douteuses dans lesquelles les études de sécurité ont été menées par ses fabricants. C’est en décembre 2013 que l’Efsa a publié son dernier avis à son sujet, estimant qu’il n’y avait pas lieu de réviser la dose journalière admissible, de 40 mg/kg de poids corporel.

[1] Il s’agit de: l’aspartame, l’acésulfame de potassium, l’acide cyclamique et ses sels, le rébaudioside A (un extrait de la stévia), le néohespéride dihydrochalcone, le néotame, la saccharine et ses sels, le sucralose, le sel d’aspartame-acésulfame et la thaumatine.



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus