Les écolos divisés sur les bénéfices attendus de la transition énergétique

Le 19 novembre 2014 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Pour Benjamin Dessus, la réduction à 50% de la part du nucléaire n'est pas possible en si peu de temps.
Pour Benjamin Dessus, la réduction à 50% de la part du nucléaire n'est pas possible en si peu de temps.
Global Chance

A l’initiative de l’Ajec21, Denis Baupin, Benjamin Dessus et Alain Grandjean étaient invités, ce mercredi 19 novembre, à évaluer le potentiel du projet de loi sur la transition énergétique. Un débat riche en consensus et en dissensus.

Bien, mais peut beaucoup mieux faire. C’est sans doute l’un des rares points sur lequel Denis Baupin, Benjamin Dessus et Alain Grandjean se retrouvent à propos du projet de loi sur la transition énergétique et la croissance verte (PLTECV). Invités par l’Association des journalistes de l’environnement et du climat (Ajec21) à débattre des bénéfices attendus du texte adopté par l’Assemblée nationale, les trois environnementalistes ont toutefois divergé sur de nombreux autres points.

Le plafond nucléaire

A commencer par l’énergie nucléaire. Sans surprise, Denis Baupin, député Europe Ecologie-les Verts de Paris, se félicite de ce que le texte porté par la ministre de l’écologie plafonne à 63 gigawatts électriques le parc électronucléaire français et qu’il impose le passage de 75 à 50% de la part de l’atome dans le bouquet électrique à l’horizon 2025.

Une échéance à laquelle ne croient ni Alain Grandjean ni Benjamin Dessus. «On ne peut pas arrêter une vingtaine de réacteurs en si peu de temps sans rien avoir prévu pour compenser un tel bouleversement de notre parc de production», explique le premier, ancien patron des experts du débat national de la transition énergétique. «Avec 5 millions de chômeurs, aucun gouvernement ne prendra le risque social de fermer ces centrales aussi rapidement.»

Sortie des fossiles et des fissiles

Partisan de la «sortie des fossiles et des fissiles», Benjamin Dessus n’est pas en reste. «Tel qu’il est rédigé, le texte ne permet pas d’exclure un scénario à la Proglio où l’on verrait la consommation d’électricité atteindre 800 térawattheures par an[1]. Ce qui permettrait de réduire mécaniquement la part du nucléaire, plafonnée à 50%. Car, certes, le projet de loi impose une réduction de 50% de la consommation d’énergie entre 2012 et 2050, mais ne souffle mot d’une réduction de la demande d’électricité», poursuit le président de Global Chance.

S’il ne prévoit pas, explicitement, la sortie du nucléaire, reconnaît Denis Baupin, le PLTECV alourdit sensiblement les contraintes posées aux centrales atomiques d’EDF. «La puissance totale est plafonnée, le passage à une durée de vie n’est pas assuré et devra faire l’objet, pour chaque tranche, d’une enquête publique et d’une décision formelle –donc attaquable – de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). A cela s’ajoutent les travaux d’amélioration de la sûreté, dont le coût s’échelonne entre 1 et 3 milliards par réacteur. Que l’on ferme ou que l’on poursuive, le coût du nucléaire va devenir exorbitant pour l’exploitant», estime le député de Paris.

Des objectifs qui ne sont pas à la hauteur

Au titre des avancées, les trois experts s’accordent pour dire que les objectifs de réduction des émissions de GES (-40% entre 1990 et 2030), la baisse d’un tiers de la consommation des énergies fossiles entre 2012 et 2030 vont dans le bon sens. Pour autant, reconnaît Denis Baupin, «ce n’est pas à la hauteur des besoins qu’impose la stabilisation du réchauffement à 2°C». Alain Grandjean regrette l’absence totale de réforme fiscale: «Le mantra de l’écologie punitive perturbe gravement l’instrumentation de cette loi». Ce proche de Nicolas Hulot rappelle aussi que le gouvernement ne signe pas, depuis 2012, le décret obligeant le secteur tertiaire à rénover son parc immobilier et qu’il ne se dote pas des outils qui permettraient effectivement de rénover les 500.000 logements par an.

Pas de financement

L’un des nœuds du problème, souligne-t-il, est notre incapacité à financer pareil programme. «La conférence bancaire n’a accouché d’aucune solution. En conséquence, les banquiers ne vont pas financer les opérations de rénovation immobilière qui restent insuffisamment rentables. Peut-être que le plan Juncker ou la signature d’un accord Climat à Paris, fin 2015, feront bouger les lignes», s’interroge Alain Grandjean.

Exorbitante voiture électrique

Benjamin Dessus se désole de l’absence de contraintes pour le secteur industriel: «On considère, à tort, que l’industrie a déjà utilisé tout son potentiel d’économie d’énergie», fustige l’ancien patron du programme Ecodev. Côté transport, l’économiste regrette que l’action publique se limite à promouvoir le véhicule électrique. «Si l’on prend en compte tous les coûts inhérents à cette politique, il faudra dépenser 4.000 euros pour économiser une tonne équivalent pétrole et 1.500 € pour s’empêcher d’émettre une tonne équivalent carbone. C’est prohibitif.» Denis Baupin n’en disconvient pas. L’auteur, avec la sénatrice UMP Fabienne Keller, d’un rapport sur l’avenir de l’automobile estime néanmoins que «c’est au gouvernement de donner un signal fort pour que les constructeurs automobiles se décident à mettre sur le marché des petites voitures thermiques sobres, les IPhone de la bagnole».

Bétail et sénateurs

A propos de gaz à effet de serre, l’ancien responsable de l’Agence française pour la maîtrise de l’énergie (l’un des ancêtres de l’Ademe) rappelle que le PLTECV n’évoque pas une fois le méthane. «Or ce gaz à effet de serre représente un bon tiers du problème et si aucune attention n’est portée, notamment au plan de construction des 1.500 méthaniseurs, nous allons accroître nos émissions de GES.» Reste à convaincre le lobby de l’élevage, et sans doute aussi le Sénat.

Les membres de la Haute assemblée, qui doivent s’emparer du projet de loi, font frémir à l’avance Denis Baupin: «La droite y est désormais majoritaire. Vu son comportement lors des débats à l’Assemblée, il y a tout à craindre de ce débat». Rendez-vous en février prochain.

 



[1] Contre 476 TWh en 2013.

 



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