Les eaux d’égout ne sont plus ce qu’elles étaient

Le 05 août 2010 par Thérèse Rosset
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email


Des scientifiques australiens l’affirment : la quasi-totalité des études portant sur les résidus de produits pharmaceutiques dans les eaux usées présentent des résultats erronés. La faute à l’utilisation de méthodes d’échantillonnage inadaptées à chaque situation.

La pollution des eaux usées par les produits pharmaceutiques et de soins personnels (PPSP - PPCP en anglais) est régulièrement pointée du doigt à la suite d’analyses des eaux d’égout et d’effluents d’usines de traitement des eaux usées. Or ces résultats sont le plus souvent biaisés. Mise en ligne le 26 juillet sur le site de l’American Chemical Society, une étude australienne estime qu’ils sont tous à revoir.

Christoph Ort, de l’université du Queensland, a épluché les méthodologies d’un grand nombre de publications. Et ses conclusions sont sans appel : 95 % des études analysées ne présentent pas suffisamment le mode de prélèvement des échantillons, ce qui empêche de juger de la qualité des données et de la fiabilité des conclusions. « Beaucoup de travaux concernant les PPSP et les drogues illicites dans les égouts ne prêtent que peu d’attention à la première étape, à savoir le prélèvement, qui est la base des études chimiques et donc des conclusions », confirme Christophe Ort. Conséquence : les scientifiques ayant mené ces recherches auraient exagéré la quantité de polluant trouvée dans les eaux usées.

L’équipe de recherche a examiné 87 articles (portant sur 267 sites) publiés dans des revues scientifiques à comité de lecture sur la présence de résidus de médicaments, de cosmétiques et de drogues dans les eaux d’égout. « Nous voulions savoir quel pourcentage d’études décrivaient suffisamment en détail la procédure de prélèvement, et combien justifiaient la représentativité de leurs échantillons », détaille le chercheur australien. Résultat : moins de 5 %. Trop peu de campagnes de surveillance des eaux usées ont pris en considération les méthodologies reconnues au niveau international.

 

Le choix du protocole d’analyse est pourtant fondamental. Chaque usine de traitement des eaux est unique, insiste l’étude australienne. Ce qui implique d’utiliser des méthodes « sur mesure ». Les polluants fluctuant très vite, les prélèvements doivent être effectués dans un laps de temps court si les chercheurs veulent observer leurs variations réelles. « A cause d’intervalles longs entre les prises d’échantillons, des méthodes inadéquates et d’une documentation insuffisante, on arrive à des erreurs, et donc à de mauvaises conclusions », note le rapport.

 

L’hétérogénéité des résidus PPSP présents dans l’eau usée nécessite des prélèvements à 5 minutes d’intervalle, voire moins. Les chercheurs estiment que des échantillonnages à 30 minutes d’intervalle aboutissent à des résultats non représentatifs de la réalité. Christoph Ort et ses collègues insistent sur les facteurs extérieurs qui modifient la concentration des polluants aquatiques, comme la pluie ou les débits d’écoulement des eaux usées, qui varient en fonction des heures.

 

Ces erreurs d’analyse pourraient pourtant « être grandement réduites, et les échantillons biaisés complètement éliminés », révèle l’étude. Comment ? En choisissant un mode et une fréquence de prélèvement appropriés. Les chercheurs proposent un « guide d’échantillonnage », comme « point de départ pour encourager les autres scientifiques à rester attentifs à leurs méthodes ». Premier conseil : l’utilisation d’un instrument automatique en ligne, fournissant des données de façon continue sur un polluant déterminé. Autre moyen prescrit, l’échantillonneur passif, déposé directement dans l’eau de rivière.

 

Plus de rigueur dans les prélèvements, voilà bien le message lancé par l’équipe australienne pour qui « une solution universelle n’est pas envisageable, car chaque système analysé possède ses propres caractéristiques »

 

 

 



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus