Les difficiles conditions de travail des sous-traitants du nucléaire…

Le 23 septembre 2011 par Geneviève De Lacour
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Ce sont des invisibles, des précaires. Près de 30.000 hommes et femmes travaillent pour des sous-traitants de l'atome. Et subissent des irradiations en centrales nucléaires alors qu’ils en assurent la maintenance.
 
«C'est abominable. Il faut toujours aller vite, prendre des doses infernales. Si vous n'êtes pas content, c'est la porte», raconte Christian Verronneau, 57 ans, atteint d'un cancer reconnu -fait rare- d'origine professionnelle par la Sécurité sociale après 30 ans de sous-traitance dans le nucléaire.
 
En arrêt maladie depuis 2009 après avoir parcouru, selon lui, 70.000 kilomètres par an pour décontaminer les centrales, ce salarié a lancé en octobre 2010 une procédure en faute inexcusable contre son employeur Endel, a précisé à l'AFP son avocat Jean-Paul Teissonnière.
 
Selon l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), robinetiers, électriciens ou décontamineurs, ils sont entre 27.000 et 32.000 à intervenir en zones dites «contrôlées» (c'est-à-dire radioactives) pour effectuer les vérifications, réparations, modifications nécessaires au bon fonctionnement des réacteurs et des circuits de refroidissement.
 
Parmi eux, 10.000 sont nomades, selon la CGT, et parcourent les 19 centrales de France au gré des arrêts de réacteur pour maintenance.
 
«Les salariés de la sous-traitance reçoivent 80% de l'irradiation reçue dans les 19 centrales», explique Annie Thébaud-Mony, directrice de recherche à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Ils subissent 70% des accidents du travail, ajoute la CGT. Mais les contaminations ne sont pas reconnues comme telles par les employeurs, selon le syndicat.
«Quand j'ai dit à mon employeur que je voulais déclarer ma contamination comme accident du travail, il m'a ri au nez», raconte Dominique Sanson, un soudeur de 53 ans, lui aussi employé chez Endel et contaminé en 2007. Le tribunal de Rouen doit se prononcer la semaine prochaine s'il s'agit ou non d'un accident du travail. Le parquet avait requis une condamnation en juin, une première selon la CGT.
 
Tous les salariés ne reçoivent pas des doses aussi fortes que Christian Verronneau, tous les postes n'exigent pas de porter la tenue spéciale gonflée d'air dite Mururoa. Mais les effets des faibles doses ne sont pas anodins, précise Annie Thébaud-Mony, auteure du livre «Industrie nucléaire, sous-traitance et servitude» et qui condamne la contamination à bas bruit qui s’opère en France.
Et la chercheure d’expliquer. Plus une centrale vieillit, plus la contamination radioactive est intense et plus l'intervention est «coûteuse en dose». C'est ainsi que les exploitants français du nucléaire ont été amenés à sous-traiter ces tâches dangereuses et à mettre en place un système de gestion de l'emploi par la dose. Sur une intervention à fort débit de dose, plusieurs ouvriers vont se succéder très rapidement afin de rester dans la limite de dose autorisée.
 
Or, «un travailleur soumis annuellement à la dose maximale admissible, a 10 fois plus de risque, à l'issue de sa carrière, de développer un cancer qu'un travailleur soumis au seuil maximum d'amiante», ajoute Michel Lallier, membre CGT du Haut comité pour l'information sur le nucléaire (HCTISN).

La dose maximale admissible est de 1 millisievert par an pour la population, 20 mSv pour les travailleurs du nucléaire (50 mSv avant 2003). Les doses ne donnent pas droit au départ anticipé à la retraite. Et selon l'Inserm, les salariés de sous-traitants sont mal suivis médicalement.
 
En effet, non seulement beaucoup passent de centrales en centrales mais, même en contrat à durée indéterminée, ils changent souvent d'employeurs au gré des appels d'offres pour opérations de maintenance. «Les entreprises n'ont pas les moyens de conserver le personnel lorsqu'elles perdent le marché», explique José Andrade. Cet ex-nomade de l'atome, délégué CGT à la centrale de Cruas, affiche 10 employeurs en 30 ans de carrière.
 
Résultat: «si je déclare un cancer dans 10 ans, je vais aller voir les 10 entreprises que j'ai faites. Sur les 10, il y en a 8 qui ont disparu. Je ne pourrai pas obtenir gain de cause», explique Claude Dubout, 48 ans, auteur de «Je suis décontamineur dans le nucléaire».
Avant même toute question de santé, la main d'œuvre employée par les sous-traitants vit souvent dans des conditions précaires, qui pèsent aussi sur la sûreté des centrales, estime la CGT. Chez les sous-traitants, «les conditions de travail sont telles qu'il y a un turnover en contradiction avec le temps long de formation nécessaire dans le nucléaire», argumente Philippe Page, délégué CGT à la centrale EDF de Flamanville (Manche). Pour lui, sûreté rime avec sérénité: «On ne travaille pas bien quand on ne sait pas où on va dormir le soir».
 
Au fil des employeurs, les salaires peinent à monter. Et beaucoup de ces travailleurs, aussi invisibles que leurs doses, comme le dit Claude Dubout, «semblent plus préoccupés par la nécessité de gratter sur les frais de déplacement que par leur dose».
«Nous, on est 4 dans la voiture et 3 dans un mobil-home pour 2», explique Valentin 31 ans, installé dans un site peu attrayant de Siouville (Manche) pour une mission à Flamanville. Selon plusieurs témoignages, certains dorment dans leurs voitures.
 


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