Les deux visages du Canada

Le 04 juin 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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le ministre de l'environnement a été un animateur TV très apprécié.
le ministre de l'environnement a été un animateur TV très apprécié.

Des années durant, le Canada a été le bon élève environnemental de l’Amérique du Nord. Ses experts surent instiller quelques mesures vertes dans l’accord de libre-échange liant le Mexique, les Etats-Unis et le Canada (Alena). Ottawa a longuement tenté d’infléchir la position américaine sur le protocole de Kyoto ou la protection des saumons.

Mais cette époque est révolue. Deux facteurs expliquent cette volte-face. D’abord, la découverte de réserves considérables d’hydrocarbures non conventionnels, en Alberta notamment. Ces sables bitumineux dont le Canada possède les plus importants gisements mondiaux. Pour ne rien arranger, le gouvernement fédéral conservateur, au pouvoir depuis 6 ans, n’a jamais caché son manque d’intérêt pour les questions environnementales, lesquelles, selon lui, nuisent au commerce. Une écharde que l’administration de Stephen Harper semble d’ailleurs bien décidée à ôter.

Ces dernières semaines, le gouvernement canadien a entrepris de démanteler la législation sur les pêches et sur les études d’impact. Ce dernier détricotage étant sensé accélérer la mise en production de nouveaux champs pétrolifères. De quoi rassurer le gouvernement de l’Alberta qui avait menacé, il y a quelques années, de faire sécession pour le cas où l’exploitation pétrolière serait encadrée par des règles environnementales trop strictes.

Strictes ou pas, ces règles pourraient de toute façon ne plus être très contrôlées. Dans son projet de budget, le gouvernement prévoit de supprimer la ligne de crédit dédiée à la surveillance des émissions industrielles. En contrepartie, Ottawa achèterait des mesures faites par… l’EPA américaine. Au total, ce texte de 400 pages amende plus d'une soixantaine de lois, notamment de nombreuses législations environnementales, mais également l'admissibilité à l'assurance-emploi et aux prestations de vieillesse, les politiques d'immigration et les méthodes d'inspection des aliments.

Intervenant quelques mois après le licenciement de 300 chercheurs employés par Environnement Canada, l’examen du projet de loi budgétaire C-38 a mis le feu aux poudres. «C’est une guerre menée contre la nature et la démocratie», tonne Rick Smith, le patron d’Environmental Defence Canada. Un avis partagé par tous les responsables d’ONG de protection de la nature d’outre-Atlantique. Dans un rare mouvement consensuel, plus de 500 associations et personnalités canadiennes ont décidé, aujourd’hui 4 juin, de fermer leur site internet «pour protester contre le projet de loi de finance qui va affaiblir la réglementation environnementale».

Tout n’est heureusement pas aussi noir au pays de la feuille d’érable. Ainsi, le gouvernement québécois –bien que de plus en plus contesté– vient-il de publier son projet de plan d’action sur les changements climatiques. S’étendant sur la période 2013-2020, ce programme recycle tout de même quelques actions entreprises de longue date. A commencer par le marché de quotas d’émission, lancé en 2007 par quelques gouverneurs d’Etats fédérés américains, dont le fameux Arnold Schwarzenegger. Au total, la Belle province prévoit d’abattre de 20% ses émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2020, reprenant à son compte l’objectif européen. Mais avec une électricité produite à 97% par des énergies renouvelables, cela semble plus à portée de main que dans le Vieux monde.



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