Les dernières postures de la transition énergétique

Le 18 juillet 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Critiqué, le document de synthèse du DNTE a été adopté par acclamation, grâce au talent de négociatrice de Laurence Tubiana.
Critiqué, le document de synthèse du DNTE a été adopté par acclamation, grâce au talent de négociatrice de Laurence Tubiana.
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Un parfum de psychodrame flottait, ce 18 juillet au matin, dans la salle qui accueillait, à Paris, l’ultime session du conseil du débat sur la transition énergétique.

Hier soir, Michel Guilbaud, directeur général du Medef, avait déclaré ne pas vouloir endosser le document présentant les 15 recommandations, rédigé par le secrétariat du débat [JDLE]. Un texte que la séance de ce jeudi devait justement avaliser. Les objets du courroux de l’organisation patronale étaient nombreux: la nécessité de diviser par deux la consommation d’énergie pour atteindre le facteur 4 («il y a d’autres moyens d’y parvenir et nous ne désespérons pas de retrouver de la croissance»), la forte et brutale réduction du parc nucléaire («il faut respecter les compétences de l’ASN»), le peu de cas fait aux questions de sécurité d’approvisionnement, le maintien des certificats d’économie d’énergie («le système a des faiblesses»), la gouvernance du débat, les objectifs de renouvelables en 2030 et 2040 («pas débattus et pas réalistes»), etc.

De façon inhabituelle, le représentant de Force ouvrière aurait pu intégralement reprendre à son compte les propos du défendeur du grand capital. «Il n’y a pas de consensus, a martelé Jacky Chorin. Nous ne nous associons pas à ce document. Nous y sommes opposés depuis la Conférence environnementale.» Précisant un peu sa pensée, le secrétaire de la fédération Energies Mines souligne qu’il est «opposé à la sobriété énergétique», «défavorable à la décentralisation et à la division par deux de la consommation».

Un peu sous le choc, la facilitatrice du débat, Laurence Tubiana, propose au syndicaliste que sa position négative soit inscrite au bas de chaque page du document. La note d’humour n’est pas appréciée.

Sentant le processus en danger, les écologistes montent rapidement au créneau. Matthieu Orphelin, pour la Fondation Nicolas Hulot, rappelle que 95% du document «est consensuel et ça n’est pas nouveau». Saluant «une victoire de la démocratie participative», le sénateur EELV Ronan Dantec se félicite que la «transition énergétique soit passée du statut de slogan à celui de projet politique crédible avec des objectifs qualitatifs précis». «On a montré qu’il ne fallait plus choisir entre écologie et économie et qu’un tel projet prend en compte la compétitivité des entreprises, la création d’emplois et le pouvoir d’achat», martèle Denis Baupin, député EELV.

Retrouvant ses réflexes de négociatrice internationale, Laurence Tubiana tente le tout pour le tout: «Pourriez-vous vivre si nous transformions les recommandations en une synthèse du débat», demande la créatrice de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). S’ensuit un murmure vaguement approbateur.

Commence un long tour de table. Et chacun ou presque d’y aller de son changement de formulation, de la modification d’une ponctuation, de l’ajout d’un détail évoqué en groupe de travail. Les tractations sur les points durs se dérouleront durant le déjeuner.

Pessimiste, Philippe Germa, directeur général du WWF France prédit: «Le débat va accoucher d’une souris, j’aurai préféré qu’il accouche d’un panda». Le début de l’après-midi est plus détendu. Philippe Martin fait sa seconde apparition de la journée. Manière, pour le ministre de l’écologie, de montrer son soutien au processus.

Au dessus de la tribune, face aux membres du conseil du débat, un vidéoprojecteur projette le texte sur un écran géant. Les corrections se font, tantôt vite, tantôt lentement. Les trop longues discussions sont ponctuées de l’inévitable «il faut faire un effort de responsabilité», de Laurence Tubiana.

Après trois heures de labeur, une nouvelle mouture apparaît enfin, sous les applaudissements de la salle surchauffée. Le titre et quelques formulations mis à part, la centaine de membres du conseil du débat adoptent un document ressemblant furieusement à celui qui avait été descendu en flammes, le matin même. Reste à savoir ce que le gouvernement et le parlement feront de cette synthèse. Laurence Tubiana a son idée: «Nous suggérons la création d’un groupe de contact avec les parlementaires». Prochain épisode, lors de la Conférence environnementale du mois de septembre.



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