Les dangers des pesticides de mieux en mieux établis

Le 13 juin 2013 par Marine Jobert
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Les épandanges de pesticides, toujours plus contestés tant pour la santé des agriculteurs que pour celle des riverains.
Les épandanges de pesticides, toujours plus contestés tant pour la santé des agriculteurs que pour celle des riverains.
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«Les pesticides sont, par nature, intrinsèquement dangereux, pour les organismes cibles et à des degrés variables pour les organismes ’non cibles’.» Cette phrase tirée de la synthèse de la méta-analyse réalisée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) à la demande de la Direction générale de la santé réaffirme l’enjeu sanitaire attaché aux expositions professionnelles et générales des populations aux pesticides. Qu’ils conduisent un tracteur, qu’ils vivent à proximité de terre agricoles, qu’ils consomment des végétaux traités ou qu’ils soient encore fœtus, quasiment tous les êtres humains sont aujourd’hui exposés aux pesticides. Et il se confirme que les conséquences de ces expositions sont délétères pour les organismes, puisque l’Inserm conclut à l’issue d’une revue de la littérature scientifique internationale que «des augmentations de risques significatives pour plusieurs pathologies ont été mises en évidence».

 

«Les principales interrogations concernent aujourd’hui les effets à long terme des expositions aux pesticides sur la santé, y compris à des faibles doses d’exposition», estime l’Inserm, qui s’est appuyé sur un groupe pluridisciplinaire d’experts constitué d’épidémiologistes spécialistes en santé-environnement, ou en santé au travail, et de biologistes spécialistes de la toxicologie cellulaire et moléculaire pour analyser les données publiées au cours des 30 dernières années.

 

L’exposition aux pesticides peut se produire directement dans le cadre de leur fabrication ou de leurs utilisations professionnelles ou domestiques, mais aussi indirectement par l’air, le contact de surfaces contaminées ou la consommation des eaux et denrées alimentaires. Le monde agricole utilise 90% des pesticides consommés en France; c’est donc lui le premier exposé à ces molécules. Mais la population générale n’est pas en reste. L’Inserm estime qu’en 2012, l’exposition professionnelle aux pesticides -présente ou passée- touche en France une population «très nombreuse». Et d’ajouter aux 5,6 millions de personnes touchant actuellement une prestation à la Mutualité sociale agricole (salariés, exploitants, ayants droit dont enfants, retraités) «les personnes en charge de l’entretien des voiries et voies ferrées, des espaces communaux, des terrains de sports et de loisirs, de la désinsectisation des locaux, de l’hygiène publique ou des soins vétérinaires, les jardiniers et les paysagistes, ou encore les personnes intervenant dans le traitement des bois ou dans la manipulation de bois traités». Pour eux, c’est l’exposition cutanée qui constitue la voie majeure de pénétration des pesticides.

 

A l’inverse, dans la population générale, la voie orale est souvent considérée comme la voie d’exposition la plus importante. «Elle est due à l’ingestion d’aliments ou de boissons contenant des résidus de pesticides ainsi qu’à l’ingestion non alimentaire (poussières), surtout chez les enfants (onychophagie, comportement exploratoire et oralité des enfants...).» S’il n’existe pas de recueil systématique et exhaustif des pesticides présents dans l’air extérieur, note l’Inserm, l’exposition à proximité des lieux d’épandage est néanmoins considérée comme «non négligeable», avec une variabilité saisonnière (plus faible en hiver, et plus forte au printemps et en arrière-saison). Combien sont-ils à être ainsi exposés quotidiennement, lors d’activités et usages domestiques, ou dans le cadre d’une exposition environnementale (résidence au voisinage de zones traitées par des pesticides, contamination du sol, de l’air extérieur et à l’intérieur de la résidence) et de l’alimentation? L’Inserm se garde bien d’avancer un quelconque chiffre. Mais leur nombre «est sans conteste plus important encore» que celui la population professionnelle.

 

En milieu professionnel, relativement peu d’études ont été développées pour évaluer les niveaux de contamination réels des populations, lors des traitements ou après les traitements (contact avec les cultures traitées par exemple). «Il s’agit pourtant d’un élément essentiel à la définition de l’exposition au cours de la vie professionnelle et à la recherche de relations dose-effet.» L’Inserm déplore le fait qu'en France l’exposition à de nombreuses substances soit encore inconnue, du fait des contraintes dues «aux méthodes analytiques et au choix des molécules à analyser»; concernant par exemple les fongicides ou les nouvelles molécules «pour lesquelles aucune méthode analytique n’est validée à l’heure actuelle».

 

Concernant les effets sur la santé, le rapport de l’Inserm confirme des «présomptions fortes ou moyennes» de lien entre l’exposition à des pesticides et des maladies comme le lymphome non Hodgkinien, le cancer de la prostate, les myélomes multiples, des leucémies, les maladies de Parkinson et d’Alzheimer, sur divers troubles cognitifs; ainsi que des impacts sur la fertilité et la fécondabilité. L’association Générations futures a salué ce rapport «qui vient confirmer (…) l’existence de multiples études scientifiques montrant des présomptions réelles de lien entre l’exposition aux pesticides et de nombreuses pathologies graves». Elle estime toutefois dans un communiqué que «les scientifiques se sont livrés à une analyse relativement prudente de la littérature scientifique» pour des pathologies souvent moins répandues et moins étudiées; notamment la sclérose latérale amyotrophique (pour laquelle des méta-analyses montrent des excès de risque significatifs de plus de 80%) ou des tumeurs cérébrales (dont le risque est multiplié par trois). «Cette publication sans appel montre la réalité du danger des pesticides et doit conduire à une action publique forte et rapide en matière de réduction de l’usage des pesticides et d’exclusion des substances actives suspectées d’être cancérigènes, mutagènes, perturbateurs endocriniens ou neurotoxiques», estime François Veillerette. Le porte-parole de Générations futures demande que le gouvernement légifère «pour qu’à terme les collectivités publiques n’utilisent plus ces produits et que ceux-ci ne soient plus vendus aux utilisateurs non professionnels».

 

 



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