Les damnés du climat, toujours plus nombreux

Le 08 octobre 2018 par Marine Jobert
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En Afrique de l'est, des populations fragiles pour leur alimentation.
En Afrique de l'est, des populations fragiles pour leur alimentation.

Dépendants d’une agriculture de subsistance fragilisée par des précipitations incertaines et des températures élevées, les pauvres de notre monde ne vont cesser de croître en nombre. Et de migrer.

Ils sont aujourd’hui 1,5 milliard à vivre dans une pauvreté ‘multidimensionnelle’, selon les critères retenus par le Groupe d’experts international sur l’évolution du climat (Giec). A savoir des conditions matérielles dégradées (inégalités, standards de vie, position économique) ou des relations sociales difficiles (classes sociales, dépendance, exclusion, etc.), essentiellement rencontrées en Afrique sub-saharienne et en Asie du Sud. Un milliard supplémentaire d’êtres humains sont sur le point de les rejoindre. Or les variabilités et les dérèglements climatiques sont des accélérateurs de pauvreté, tant ces populations sont le plus souvent dépendantes de l’agriculture de subsistance, elle-même très dépendante des précipitations et des températures. Des réalités déjà à l’œuvre, qui viennent percuter frontalement les 17 objectifs de développement durable (ODD) portés par l’ONU. Alors que des améliorations s’étaient fait sentir entre 1990 et 2015 (réduction de la faim et de la mortalité infantile, amélioration de l’accès à l’eau potable), les efforts déployés sont en train d’être balayés par le dérèglement climatique. «La faim dans le monde qui avait reculé recommence à progresser, sous la contrainte climatique», confirme Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France.
Accroissement des inégalités
«Même des changements modestes dans les régimes de précipitations et de température peuvent plonger les personnes marginalisées dans la pauvreté, faute de moyens pour se remettre des chocs, a constaté le Giec. Des événements extrêmes, comme les inondations, les sécheresses et les vagues de chaleur, en particulier s’ils se produisent en série, peuvent éroder considérablement les actifs des pauvres et nuire davantage à leurs moyens de subsistance en termes de productivité de la main-d’œuvre, de logement, d’infrastructures et de réseaux sociaux.» Le changement climatique pourrait amener plus de 100 millions de personnes à sombrer dans la pauvreté extrême, principalement du fait de ses conséquences sur les prix de l'agriculture et des produits alimentaires. Sur une trajectoire de réchauffement non atténué, c’est l'économie mondiale qui pourrait se trouver remodelée au cours du siècle, avec une réduction des revenus mondiaux moyens et un creusement encore plus grand de l'inégalité des revenus. Les impacts les plus graves sont prévus pour les zones urbaines et certaines régions rurales d'Afrique subsaharienne et d'Asie du Sud-Est.
La migration comme échappatoire
Les populations risquent-elles de migrer davantage à 2 qu’à 1,5°C? On l’ignore, mais une revue de littérature consacrée aux causes des migrations pointe l’accroissement des températures et de modification du régime des pluies comme l’une des causes principales des migrations. C’est dans les zones tropicales que les déplacements pourraient, à horizon 2030, être les plus nombreux (avec des distances allant jusqu’à 1.000 km de leur point de départ). Avec le risque de voir tripler la densité de population dans les zones investies.
La sobriété, seule voie possible
«Les trajectoires compatibles avec une température de 1,5°C et caractérisées par une faible demande en énergie présentent les synergies les plus prononcées et le plus petit nombre de compromis en matière de développement durable et d'objectifs de développement durable.» Ce qui, en langage courant, pourrait se traduire par «la sobriété est la seule voie possible pour les plus pauvres et pour protéger les plus pauvres.»



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